Une année à moi (ou Un an à patouiller pour sortir du salariat)
Réflexion en vrac sur une année en roue libre.
Je ne suis pas originale. Comme beaucoup de gens sur Substack, j’ai décidé de quitter un (énième) emploi qui ne me convenait pas et d’essayer de développer un système dans lequel je peux vivre, et non survivre.
J’aurais aimé écrire un article sur “Mes épiphanies de freelance” et annoncer fièrement “Bon, je ne gagne pas encore l’équivalent d’un salaire, mais je gagne suffisamment, et je n’ai pas besoin de plus”.
Je raconte la fin avant le début : je ne gagne rien (quelques miettes), je ne me sens pas vraiment freelance (mais je suis free), je ne sais toujours pas où je vais, mais j’ai quand même envie de parler de cette année.
Et cet article risque d’être le plus décousu que tu pourras lire sur cet espace.
Salut, moi c’est Florence, et ici je parle de consommation raisonnée, de rapport au travail et à l’argent, de diversité et inclusion (et disons le gros mot : de féminisme), de pop culture, de (neuro)divergence, d’organisation et de simplification du quotidien… sans chichis, le tout parfois saupoudré de photos de mon chat (vous connaissez mon chat ? il est beau hein ?) et d’humour douteux teinté de références de millenial. Tu rejoins la clique ?
Le début : se mettre dans la peau d’une freelance
Au départ, j’étais en quasi burn-out (ou peut-être en burn-out autistique ou tdah-stique effectif)(probablement), alors j’avais décidé de prendre une pause d’environ six mois avant de me lancer dans la prochaine étape de ma carrière.
Lol.
Hyperactive et ancienne carriériste ambitieuse, je n’ai pas réussi à vivre une vie d’oisiveté et à me reposer. J’ai essayé de concilier mon besoin de me retrouver et de souffler, avec la pression (de moi à moi) de mettre en place tout de suite ce qui me procurerait des revenus dans le futur.
J’ai testé des manières d’agencer mon temps. J’étais contente d’être arrivée à un stade où je consacrais environ la moitié de mes journées à des activités “à moi” (activités passives, comme la lecture, ou activités productives, comme l’écriture), et l’autre moitié à créer les fondations de mes futures entreprises. Mon investissement principal s’est porté sur la création de mes médias pour les personnes qui apprennent le français.
J’ai négocié avec moi-même un compromis où je prenais du temps pour moi, mais pas totalement.
Aujourd’hui, ça fait un an que je ne suis plus dans le système du salariat, et je commence seulement à me dire qu’en fait, je n’ai pas envie de penser à l’argent un seul instant, que j’ai encore besoin de temps pour trouver ce que je veux et ce dont j’ai besoin.
Le temps est passé bizarrement
J’avais tout le temps l’impression d’avoir une menace au-dessus de la tête, alors qu’avec mon mari on avait fait les comptes encore et encore pour s’assurer qu’on pouvait se permettre que je prenne une pause.
Malgré tout, j’ai alterné sans cesse des périodes où j’avais l’impression de souffler avec des périodes de doutes et de stress (“oh là là, il faut que je trouve un boulot alimentaire absolument”, “nan, c’est bon, on n’en a pas besoin tout de suite”, “et si le trou dans mon CV ne me permettait plus jamais de trouver du boulot ? et si l’IA prend tous les jobs ? est-ce que je devrais reprendre des études maintenant sachant que ça va me prendre 3 ans ? et alors j’irais bosser au McDo pendant mon temps libre ?")(oui, c’est parti très loin certains jours).
Après trois mois, je pensais que ça faisait six mois, après six mois, je pensais que ça faisait deux mois, après neuf mois, je pensais que ça faisait un an, après onze mois, je pensais que ça faisait six mois. Là, ça fait un an, j’ai l’impression que ça en fait deux.
Je suis déboussolée, pas tant par manque de repères temporels que parce que j’ai changé d’état d’urgence au fil du temps (et aussi, probablement, à cause des problèmes de situation dans le temps dus à mon TDAH/autisme).
En gros, les périodes où l’argent m’inquiétait faisaient accélérer le temps, tandis que celles où j’étais plus sereine l’allongeaient.
J’ai envisagé cent carrières
Peut-être pas cent, mais j’ai pensé à reprendre des études ou chercher du boulot dans énormément de domaines. Je me suis beaucoup cherchée (et ce n’est bien sûr pas fini).
Traductrice. Hôtesse de l’air. Croquemort. Conseillère en jardin écologique. Prof de français. Prof d’informatique. Rédactrice technique. Scrum master. Product owner. Facilitatrice en intelligence collective. Rédactrice SEO. Webmaster. Vendeuse. Vétérinaire. Créatrice de modèles de broderies à la main. Illustratrice. Scénariste. Bibliothécaire. Un travail dans l’édition. Formatrice en désencombrement. Youtubeuse. Streameuse. Autrice de fictions érotiques. Aide ménagère. Coach Agile. UX designer. QA engineer. UX writer. Secrétaire. Guide nature. Comptable. Détective. Médecin légiste. Employée de brasserie. Guide touristique. Papouilleuse. Agente de voyage.
(Oui, en l’espace d’un an)
Tout ceci en dehors des activités que je n’ai pas abandonnées (la rédaction sur Internet et l’écriture de romans).
J’ai quand même eu quelques révélations
J’ai revu mon rapport à ma production sur Internet. J’écris énormément, les traces les plus anciennes remontent à 2008. J’écris avec mes dix doigts, je ne publie pas d’AI slop, je fais encore mes illustrations moi-même à l’ancienne (avec Canva, on s’entend), mes sites ne sont pas remplis de publicité. Je me suis enfin dit que j’avais le droit de faire la promotion de mes propres produits et médias sur mes propres médias, vu que j’offre tout ça gratuitement au monde entier.
Jusque-là, j’avais eu peur de déranger, mais quand je vois l’état des sites web qui ressortent en premier lieu dans les résultats de recherche (un paragraphe de texte visible entre sept publicités, après avoir donné ton accord pour qu’ils vendent tes informations personnelles contenues dans les cookies), je me dis que je ne devrais pas me gêner pour glisser une ou deux pubs pour mes propres livres dans mes propres articles.
Ce qui me retenait de parler de mes produits, c’était aussi le manque de légitimité. Je (re)prends confiance en ce que j’écris et je vois la valeur de ce que j’ai à dire, et je comprends que penser ça ne fait pas de moi quelqu’un de prétentieux.
Sur un plan plus technique, j’ai quand même pas mal travaillé sur ma manière d’organiser mon temps et mes tâches en prenant mon fonctionnement en compte, avec quelques succès et plusieurs tentatives foireuses.
J’ai aussi appris à travailler de manière plus “lean” : au lieu de tout réaliser aux petits oignons, je peux sortir des propositions qui fonctionnent tout juste ce qu’il faut et penser aux optimisations et automatisations le jour où ça décolle, si ça décolle. Pour mon cerveau, qui a besoin de projets avec une conclusion tangible et rapide, c’est beaucoup plus satisfaisant et durable. En plus, je me dis que le perfectionnisme qui a été mien toute ma vie ne me sert absolument pas, et que je suis la seule à me satisfaire des détails (les fameux 80-20 de pareto).
Une autre épiphanie (voilà, j’ai pu placer le mot), c’était de réaliser que je n’ai pas besoin d’être exceptionnelle, de réussir mieux que la moyenne, j’ai juste besoin de réussir, selon ma propre définition. Et je peux réussir à subvenir à mes besoins en n’étant pas un exemple pour les autres, en était moyenne, juste bonne et pas excellente.
Autre chose encore, quand je me lasse d’un projet ou que j’ai l’impression qu’il stagne, j’ai appris que je dois tenter de faire quelque chose différemment, parce que ça me permet de potentiellement tester quelque chose qui va marcher, mais aussi parce que ça me procure de la satisfaction, moi qui finis par m’ennuyer des choses quand elles deviennent routinières.
J’ai commencé un projet pour en dégager des revenus et je ne sais pas quoi en faire
En récupérant mon temps libre, j’ai grosso modo divisé celui-ci entre trois projets :
l’écriture de romans,
mes médias The Flonicles (dont la présente newsletter),
mes médias “French comprehensible input” (que je vais abrévier FRCI).
Côté romans, je suis assez contente. J’ai clôturé un premier roman, envoyé à plusieurs maisons d’édition, et je suis en discussion avec une maison d’édition dont j’espère avoir un retour à la fin du mois, mais je compte bien passer à l’auto-édition si personne ne veut supporter mon idée. J’ai bien entamé l’écriture d’un roman de fantasy, un gros défi pour moi sur lequel j’ai eu un peu plus de mal à avancer récemment… donc pour me dérouiller, j’ai commencé l’écriture d’un roman sans prétention, en partant d’une idée sotte, et en fait j’aime bien ce qu’il devient… Bref, je suis entrain d’écrire deux romans à propos desquels je suis assez confiante.
The Flonicles (cette newsletter et le blog* associé) a été mon gros kiff cette année. Ce blog existe depuis 2008 pour une bonne raison… J’ai pris plaisir à améliorer mes articles existants, à en écrire de nouveaux, mais aussi à trouver une voix plus libre sur Substack, où je pars parfois en cacahuète et où je peux m’exprimer sans trop penser aux statistiques et à la ligne éditoriale (alors que mon blog est mon petit espace bien propre et bien rangé).
Enfin, il y a FRCI, un site et une autre publication Substack. Je suis mitigée quant à cette initiative, qui me motivait à fond au début. Il s’agit de médias que j’ai conçus dès le départ pour en faire quelque chose de lucratif, à la force du SEO. Je suis satisfaite de l’engagement dont ils bénéficient, sachant que j’ai décidé de ne pas investir les réseaux sociaux et de me baser uniquement sur le référencement. Mais il y a une lourdeur qui accompagne ce projet, des règles que je me suis imposées, une direction que je prends pour pouvoir en faire des médias rentables… qui aujourd’hui me gonflent.
J’hésite à abandonner toute tentative d’en faire quelque chose de lucratif et de me laisser publier sur ces médias librement, pour voir si ma volonté de les alimenter revient une fois libérée de mes propres contraintes. Retirer le paywall du Substack, arrêter de réfléchir à des produits payants pour le moment, ne plus me forcer à suivre un calendrier éditorial…
Je me rends compte que je n’aime pas devoir gagner de l’argent.
J’ai envie de pouvoir subvenir à mes besoins et pouvoir économiser un peu, mais tout le côté transactionnel est complètement inintéressant pour moi. Et ce que j’adore faire n’est pas monétisable tel quel (je veux dire, oui je vends des romans, mais nous savons que ce n’est pas très rentable d’être autrice de fiction…), et dès que j’y ajoute la dimension commerciale, ça devient moins “mon espace”, “mon kiff”, “mon hobby”, et plus… un ensemble de contraintes et d’efforts peu motivants !
Voilà, on n’est pas très avancés vu que je vis toujours dans un monde capitaliste.
Les erreurs que j’ai faites
Au début, j’étais tellement stressée par l’argent que j’envisageais absolument tout en termes de revenus potentiels. Par exemple, j’ai commencé à faire de la broderie et j’ai créé mes propres modèles. Premier réflexe : Et si je les vendais ?
Heureusement, le côté contraignant de toutes ces fausses bonnes idées m’a empêchée de trop m’y aventurer, mais l’angoisse me forçait vraiment à tout considérer sous le prisme du capitalisme.
C’est aussi ce genre d’angoisse qui m’a fait penser “Il faut que j’écrive plein de romans sur un an, et aussi que je me force à écrire des trucs que je n’ai pas envie d’écrire (genre romance toxique ou littérature masturbatoire) sous pseudo pour essayer de dégager des revenus de l’écriture”.
Je n’ai toujours pas des doubles journées, et si je prends (ou perds) du temps à faire des choses que je n’ai pas envie de faire, je me prive de temps à moi, celui que je recherchais à travers cette pause.
(D’ailleurs, n’est-ce vraiment qu’une “pause” finalement… ?)
Si je devais recommencer
Maintenant que mon esprit commence à s’éclaircir, après un an environ, je le rappelle, je me dis que j’aurais vraiment dû me laisser vivre sans penser à un seul moment à l’argent. Vraiment. Parce que je prétendais que c’était ce que je faisais, mais c’était faux. J’avais peur. De manquer d’argent, de devenir une has-been, de perdre toute opportunité.
J’ai vraiment besoin de temps où je ne cherche pas à atteindre d’objectifs chiffrés. Où j’écris mes romans pour qu’ils me fassent plaisir avant tout. Où je ne culpabilise pas de passer des après-midis complètes à lire des romans (une petite pensée pour Babel que j’ai fini en quatre jours).
J’ai le luxe de pouvoir faire cette pause, je me dois de ne pas gaspiller ce temps en alimentant une angoisse latente, permanente.
Si je retourne de là où je viens, je ruine tout cet investissement.
C’est difficile de ne pas culpabiliser quand on ne fait rien de quantifiable par la société. J’y arrive tout doucement, pas encore totalement, mais presque.
Alors oui, ça fait un an, mais la pause commence vraiment maintenant…
Mes pérégrinations ont été en partie bercées par mes lectures sur Substack, et je ne pourrais faire une liste exhaustive ici de tous ces articles, toutes ces voix qui m’ont permis de me recentrer ou de me questionner, donc merci à toi qui m’a fait réaliser que l’écriture de romans était une entreprise sur laquelle on a tellement peu de contrôle qu’il ne faut pas chercher à en faire une carrière au même titre qu’une activité freelance, à toi qui m’a donné plein d’idées pour essayer d’organiser mon temps en respectant mon besoin de flexibilité, à toutes celles qui m’ont fait réaliser que le capitalisme ne nous veut pas du bien et qu’il faut trouver ce qui marche pour soi, à toutes celles qui m’ont aidée à me considérer avec mes atypies parfois non-diagnostiquées mais pourtant si présentes, à toi qui a mentionné les lancements de produits uniques sans fioritures avant de penser à mettre en place tout un système bien huilé, à ces quelques voix qui on clamé qu’il n’était pas nécessaire d’être exceptionnelle, et merci bien sûr à toutes les personnes qui me lisent et qui apprécient mes posts d’opinion où je râle sur ce qui me turlupine.
Merci d’avoir lu cet article !
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