Un curriculum personnel, mais sans s'épuiser (ou comment s'assurer de continuer à apprendre)
Construire un trajet de formation personnel pour retrouver le plaisir d'apprendre, mais sans finir en burn-out.
Il y a quelques semaines, je racontais ici à quel point j’avais du mal à “m’ennuyer”, et l’impression que je devais absolument trouver un projet qui me permettrait de me voir avancer et de m’évaluer, me sortir de ma routine “trop” confortable. (“trop confortable” ? Je me rends compte à quel point c’est insensé en relisant ces mots.)
Je suis celle qui a vécu toute sa vie en mesurant sa valeur aux notes qu’elle recevait ou à l’appréciation des autres, et qui a du mal à considérer que quelque chose est une réalisation s’il n’y a pas de validation extérieure.
Mais j’aime aussi fondamentalement m’instruire. Apprendre est l’une des choses les plus importantes pour moi, ce qui me nourrit, m’aide à remplir ma jauge d’énergie et d’estime de moi à la fois.
Là, j’étais tiraillée entre mon envie d’apprendre, et la frustration de le faire seule, parce que j’ai l’impression que si personne ne m’évalue, ça ne compte pas (alors que reprendre des cours, c’est vraiment contraignant niveau emploi du temps, je le sais, je suis passée par la il y a quelques années).
Par un heureux hasard, j’ai découvert la notion de “curriculum personnel” (“personal curriculum” en v.o.) à ce moment-là.
Ce dont j’avais besoin concrètement : me “voir avancer”, sentir que j’apprenais
(Je sais pas, est-ce que les gens normaux ont besoin de conscientiser le fait d’apprendre des choses, ou c’est juste moi ?)
Partant du constat que je n’étais mentalement et physiquement pas prête à re-refaire des études, et que mes projets sont tous des projets de longue halène qui vont mettre une éternité (en années TDAH) à porter leur fruit, voir ne jamais donner de résultats (ah, les plaisirs d’écrire un roman et de créer du contenu pour le web), ce qui me plombait un peu, c’était de ne pas pouvoir constater que je faisais des trucs, que je m’améliorais en quelque chose, n’importe quoi d’un peu plus tangible et court terme.
C’est pourquoi le concept de “curriculum personnel” m’a séduite : il s’agit de se composer un programme éducatif sur mesure, plutôt orienté sur les compétences ou connaissances qu’on veut acquérir sur le plan personnel et pas tant sur le plan pro (même si les deux peuvent se croiser en fonction de notre situation perso/pro).
C’est quoi, la différence par rapport à notre manière d’apprendre habituelle ? D’une part, la structuration, et d’autre part, la définition de thèmes.
Par exemple, on peut décider d’en apprendre plus sur les inégalités sociales, se composer une liste de lectures et reportages à consulter, trouver un moyen de consolider ce qu’on a appris (en faire une synthèse, en parler ou écrire à ce sujet). Ou décider de s’améliorer en broderie, passer par plusieurs étapes et finir avec un projet à finaliser grâce à nos nouvelles compétences.
Les points clés d’un curriculum personnel : 1) choisir un objectif 2) sélectionner des ressources 3) planifier (fréquence, début-fin) 4) appliquer, synthétiser ou évaluer*
*sans chercher à reproduire la chasse aux bonnes notes ou à la validation extérieure, mais en trouvant ce qui te permet de ressentir que tu t’es amélioré·e ou que tu as atteint ton objectif
Mais ne pas retomber dans la course à la performance
Cependant, l’un de mes objectifs, c’est aussi d’arrêter de me mesurer sans cesse à des échelles externes, et ne pas vouloir essayer d’être spécialement bonne dans tout ce que je touche, et surtout de ne pas chercher à tout prix à obtenir des résultats.
Et en épluchant des forums de discussion sur le “curriculum personnel”, je suis tombée dans une spirale de posts de personnes qui avaient des programmes mensuels complètement délirants (tout ça, à côté de leur job et de tout le reste). Franchement, ça m’a donné envie de fuir. Puis j’ai réalisé qu’on peut faire ça gentiment, sans se causer un burn-out.
Même apprendre un seul sujet, en plusieurs mois, est amplement suffisant, tant qu’on le concrétise avec de la structure, une ligne directrice et un objectif (qu’on l’atteigne ou pas, ce n’est même pas tellement important).
Après voilà, moi j’ai eu peur parmi ces forcenées de l’apprentissage, donc j’avoue que je n’ai pas cherché plus loin à connaître les codes du “personal curriculum” ni à observer la communauté pendant plus longtemps, donc peut-être que je fais n’importe quoi et que je ne suis pas “les règles” mais ça me va très bien.
En choisissant un nombre limité de sujets, j’augmente mes chances de ne rien lâcher et de me voir effectivement avancer !
Intégrer ça dans mon emploi du temps
Un de mes gros soucis, c’est de tenir une habitude ou aller au bout de quelque chose quand ça manque de résultats tangibles (dixit celle qui voudrait vivre de ses romans…), donc j’ai adopté une nouvelle organisation il y a quelques mois pour m’aider à garder le cap : je me fais des sprints de travail (au moins une chose du monde corporate qui me sert dans la vraie vie) et je m’y engage publiquement (même si personne ne me lit) sur ma page “en ce moment”.
Au même titre que mon calendrier éditorial, mes objectifs d’écriture, ma maintenance de sites et d’autres trucs que je fais de mois en mois pour essayer, un jour, de gagner un peu ma vie, j’ai intégré mes objectifs d’apprentissage personnels à mon planning pour ne pas les reléguer au placard pour cause de fatigue ou de manque de temps.
Par exemple, ce mois-ci, je me suis donné un objectif concernant mon apprentissage du japonais (je lis le dernier tome des carnets de l’apothicaire en japonais), et j’avais décidé de faire de la customisation (mais ce projet est tombé à l’eau donc je vais soit entreprendre un projet de broderie, soit m’entraîner à dessiner des chats (ce que j’avais prévu pour mon prochain sprint))(oui j’ai sorti une parenthèse dans une parenthèse, un problème ?).
Pour les mois à venir, je pense me choisir à chaque fois un objectif purement “intellectuel” (m’informer sur un sujet) et un manuel (un projet crafty). Et on verra, quoi.
Retrouve les références de l’article plus bas 👇
Salut, moi c’est Florence, et ici je parle de consommation raisonnée, de rapport au travail et à l’argent, de diversité et inclusion (et disons le gros mot : de féminisme), de pop culture, de (neuro)divergence, d’organisation et de simplification du quotidien… sans chichis, le tout parfois saupoudré de photos de mon chat (vous connaissez mon chat ? il est beau hein ?) et d’humour douteux teinté de références de millenial. Tu rejoins la clique ?
Les autres épisodes que j’ai mentionnés dans cette newsletter :
J'ai écrit une page "/en-ce-moment" parce que mon profil LinkedIn est devenu complètement incompréhensible
J’ai vu passer quelques articles sur le concept de page “/now” il y a quelques mois, et j’ai tout de suite su que je devais en écrire une !
Avoir la patience de s'ennuyer
J’écris cet article le jour où je suis seule à la maison, et où, généralement, je ne fais rien de productif. Ce jour-là, mon compagnon est au bureau, j’ai tout l’espace pour moi, et ça me motive… à ne pas bosser. Je lis, je regarde, j’écoute, je joue, je dessine, je pionce, je parle toute seule en faisant les cent pas.
Des articles de mon blog en lien avec toute cette histoire
Comment j’organise mes journées en étant livrée à moi-même et alors que je déteste la routine (j’y parle entre autres de mes fameux sprints)
Mes réflexions sur la “hustle culture” et ses retombées (pourquoi j’avais l’impression que je devais monétiser tous mes passe-temps et comment je me suis retrouvée sans hobby)
Et le post qui a nourri cette réflexion à la base
Pour creuser l’idée du curriculum personnel, je te renvoie vers le poste de Crush littéraire qui m’a donné envie de structurer mon apprentissage, en plus son article est beaucoup plus organisé que le mien donc si tu n’as rien compris c’est par là que ça se passe !
Merci d’avoir lu cet article !
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Retrouve plus de contenu sur les mêmes thématiques sur mon blog








J’ai aussi eu cette question de l’évaluation, de la validation étant très scolaire. Finalement en y réfléchissant, je me suis dis que comptait d’avantage le voyage que la destination. Que j’apprendrais des choses, que le but est de faire cela sans pression, sérieusement aussi pour moi-même afin d’entretenir ma réflexion, ma curiosité. Depuis que j’ai commencé ce sont des heures de bonheur (et d’heure en moins sur mon tel !) .
Merci pour la référence! Super contente si ça a pu t'inspirer à commencer une démarche qui répondait à un besoin. Effectivement, je suis d'accord qu'il faut faire attention à ne pas s'épuiser. J'ai tendance à me donner des trop gros d'objectifs, sur un temps trop limité, il faut que j'apprenne à être plus réaliste! Je dois cependant dire que ça a été une superbe expérience de mon côté, et j'ai déjà à mon prochain. Je suis curieuse, après ton objectif sur l'apprentissage du japonais, qu'est-ce que tu aimerais entreprendre?