Réensauvager son jardin, ce n'est pas si tranquille que ça
Ou la fable du jardin punk sans travail...
Quand nous étions à la recherche de notre futur chez nous, nous savions que nous voulions un jardin pour nous créer une oasis verte (faute de pouvoir s’installer dans la maison de nos rêves : un chalet en bord de lac et avec un bois en arrière-plan). Le problème, quand on achète ou loue une maison déjà bâtie, c’est qu’on peut choisir d’avoir un jardin ou non, mais pas vraiment la taille dudit jardin.
Notre choix s’est porté sur une maison avec un jardin plus grand que ce qu’on aurait voulu, avec une très grande surface de pelouse. Mais ça tombait bien, parce que avec le futur mari, on était d’accord sur notre manière d’envisager le jardinage : notre but, c’est d’inviter la nature chez nous, on veut pouvoir regarder les abeilles, les papillons, les oiseaux, les grenouilles, les libellules… tout en faisant un geste pour la biodiversité, à notre échelle (notre échelle = deux bobos perdus dans un quartier de mordus de la tondeuse).
On n’a jamais fantasmé sur un jardin au carré, et encore moins sur un green de golf. Nous, on voulait plutôt faire pousser notre petit coin de forêt sauvage pour isoler notre maison du monde extérieur. Et cette vision collait bien avec le “jardin punk” sans efforts qu’on voulait se créer.
Enfin, ça, c’est ce qu’on pensait.
Salut, moi c’est Florence, et ici je parle de consommation raisonnée, de rapport au travail et à l’argent, de diversité et inclusion (et disons le gros mot : de féminisme), de pop culture, de (neuro)divergence, d’organisation et de simplification du quotidien… sans chichis, le tout parfois saupoudré de photos de mon chat (vous connaissez mon chat ? il est beau hein ?) et d’humour douteux teinté de références de millenial. Tu rejoins la clique ?
Ensauvager son jardin, c’est facile. Mais la suite demande de l’entretien quand même.
Évidemment que laisser son jardin retourner à l’état sauvage, c’est facile.
Quand on recherche des informations sur le sujet, on trouve pléthore des conseils pour rendre son jardin plus accueillant pour la faune et la flore locales et diminuer la maintenance des espaces verts par la même occasion.
On trouve énormément de conseils pour se lancer, c’est-à-dire sur le moment où tout va bien.
Bizarrement, dès qu’il s’agit de gérer ce nouveau mode de jardinage, on ne trouve plus aucune information, ou difficilement.
Parce que oui, mettons les choses au clair directement : le jardin zéro entretien, ça n’existe pas, à moins de posséder des hectares de terrain et zéro voisins, et d’avoir un habitat qui ne craint pas les éléments extérieurs (ou d’avoir une franche séparation entre les espaces verts et la maison).
Alors oui, il y a bel et bien des choses à gérer dans un jardin “sauvage”.
Certes, contrairement à tous les voisins des environs, on ne sort pas taille-haie, débroussailleuse et tondeuse tous les quinze jours, mais plutôt deux fois par an. Mais tenant compte du fait qu’on vit en ville, avec des infrastructures publiques, et des voisins, on ne peut pas laisser la nature faire absolument ce qu’elle veut et ne plus toucher à notre jardin du tout.
Idem pour les infrastructures privées, comme les chemins, allées, cabanes de jardin, et la maison.
Le mythe de la préparation
On lira souvent qu’il suffit de bien préparer le terrain pour ne plus avoir à travailler ensuite. Soit on s’y prend comme des manches, soit il s’agit de nouveau d’une simplification extrême, ou de conseils donnés par des gens qui ont commencé il y a moins de six mois et qui sont encore délulu.
Il suffirait d’enlever tous les adventices et de mettre une couche de paillis pour ne plus jamais devoir désherber : c’est faux, des adventices s’installent quand même, les semences transportées par des insectes ou des oiseaux, ou le vent, finissent toujours par trouver un moyen de toucher la terre.
Et je vais dire un truc que personne ne dit jamais dans le domaine : désherber à la main quand tu as mis des copeaux ou du paillis sur le sol, c’est parfois encore plus chiant que de travailler sur une terre nue.
(“adventices” c’est le doux nom qu’on donne aux plantes sauvages qui s’installent au jardin mais qu’on n’a pas envie de laisser pousser là, ce que les gens appellent souvent “mauvaise herbe”, mais il ne faut jamais utiliser ce terme devant un·e naturaliste)
Il suffit laisser faire
Non. On ne tond plus la pelouse, à l’exception de quelques chemins d’accès, mais la pelouse ne se régule pas par elle-même, et le pré fleuri qu’on se languissait de voir émerger n’est toujours pas là après deux ans.
Parlant d’arrêt de tonte, on ne peut pas non plus arrêter totalement de tondre ou couper l’herbe, parce que, à certains endroits au moins, des arbres sauvages s’installent. Et même si on rêverait de vivre en forêt, on ne peut pas laisser littéralement une forêt pousser n’importe où (par exemple, juste en-dessous des câbles électriques aériens publiques, puisque c’est l’endroit où les arbres sauvages ont décidé de s’installer en masse sur notre terrain…)
Puisqu’on n’utilise aucun produit chimique (encore moins du désherbant toxique), il faut aussi passer du temps à s’occuper des adventices qui poussent sur les chemins d’accès autour de la maison et sur l’allée carrossable. Et quand on n’y va pas avec des gros appareils ou des produits qu’on peut pulvériser sur une large zone, ça veut souvent dire s’agenouiller et aller arracher individuellement les plantes qui risquent de foutre en l’air la structure du sol.
(On pourrait se demander s’il est encore intelligent de garder des chemins damés autour de la maison plutôt que de laisser pousser un chemin végétal, et on se la pose régulièrement, mais le problème, c’est de ne pas laisser les végétaux se développer assez loin pour risquer d’abîmer les fondations de la maison…)
Même si on veut un jardin sauvage, il y a des spécimens qui nous rendent chèvre
Les limaces. On nous ment à propos des limaces. Si l’on en croit les blogs de jardinage naturel, si on est envahi de limaces, c’est parce qu’on a un jardin trop propre.
C’est méga faux. Nous avons un jardin qui s’auto-gère en grande partie, et nous cochons toutes les cases qui sont censées permettre de réguler la population de limaces :
nous avons énormément d’oiseaux, d’espèces différentes
nous avons des débris végétaux dans le jardin, vu qu’on ne ramasse rien
nous avons un compost
nous avons du bois mort et des champignons
Les limaces sont des animaux très utiles puisqu’elles participent à la décomposition des matières mortes et malades dans le jardin. Cependant, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, elles préfèrent toujours manger des fruits bien sucrés (c’est-à-dire nos fraises, le jour où elles arrivent à maturité) ainsi que les plants qu’on introduit au jardin, plutôt que tous les déchets végétaux dont elles pourraient se gaver quasiment à l’infini. (Et ne leur parlez pas des pissenlits, il y en a plein mais elles ne sont pas intéressées.)
Certes, elles sont nombreuses dans le compost, mais elles sont encore plus nombreuses partout ailleurs dans le jardin.
On dit toujours que les limaces s’attaquent aux plants faibles et malades, mais elles ont décimé de nombreux plants qui venaient de jardinerie et qu’on venait d’installer. Peut-être qu’elles les considéraient comme “malades” parce qu’ils n’étaient pas encore enracinés, ou à cause du substrat utilisé par la jardinerie ?
Mais quid des plants qui sont déjà installés au jardin depuis des mois ou des années et qui se font dévorer chaque année dès les premières pluies ?
Il faut arrêter de nous mentir à propos des limaces : elles bouffent ce qui leur fait envie et elles ont des préférences. Qui collent souvent avec les tiennes en matière de plants. (Plus la plante est belle, plus il y a de chances qu’elles la trouvent délicieuse.)
Et ne me parlez pas de paillis (elles adorent s’y cacher, c’est humide et sombre), de coquilles d’œufs, pierres de lave, cendres… (elles glissent dessus), de fils de cuivre (rien à foutre), des plantes dont l’odeur est censée les faire fuir (elles les mangent), j’ai testé tous les remèdes naturels pour tenter de les tenir à distance, sans succès.
Ma théorie, c’est que les jardins du quartier sont tellement pauvres que toutes les limaces à des kilomètres à la ronde vivent chez nous.
C’est un peu pareil avec les fourmis qui s’acharnent à construire leurs fourmilières contre les bordures de jardin et aux abords de la maison plutôt que d’investir un des nombreux troncs d’arbre morts, souches, tas de bois en décomposition… (Que feraient les fourmis sans les constructions humaines ? Comment survivaient-elles sans bordure à défoncer avant que l’Homme ne devienne sédentaire ?)
Est-ce qu’il faut laisser tomber le jardin punk ?
NON ! Ce n’est absolument pas ce que j’essaie de dire. Mais je pense qu’il faut arrêter de simplifier les discours à propos du jardin ensauvagé, et surtout, il faut partager les connaissances à ce sujet sur tout ce qui peut “mal” tourner, plutôt que de livrer des conseils simplistes.
À chaque fois que je feuillette des livres sur le sujet, ils ne comportent aucune solution pour gérer ce qui peut devenir problématique (peut-être parce qu’il n’y en a pas, mais en soi c’est aussi une réponse valable et honnête que de l’avouer). La dernière fois que je pensais avoir enfin trouvé un livre utile, au chapitre “Comment gérer les ronces”, ça disait juste qu’il ne fallait pas les couper car ça les fortifie. Mais encore ?
Alors, voici déjà quelques petites informations utiles qu’on ne donne quasiment jamais…
Pour se lancer, il faut déjà savoir que jardin naturel ou ensauvagé ne veut pas dire “jardin zéro entretien” : ça n’existe pas, à moins d’avoir un “jardin” en tarmac (ou un gigantesque terrain sans aucun voisin et sans infrastructure publique). Cependant, on a clairement moins de travail au jardin que tous nos voisins (malheureusement, ça ne nous prive pas de les entendre couper, tailler, tondre, tronçonner… tous les jours dès qu’il fait assez bon pour laisser les fenêtres ouvertes).
Le côté inconfortable du jardin punk, c’est qu’on ne sait jamais comment réagir, et qu’on doit tester énormément. C’est un processus parcouru de surprises, pas toujours bonnes, et qui demande d’essayer des choses sans trop savoir si ça va améliorer la situation.
Quand on entretient son jardin avec de gros outils et des produits qui décapent tout, il n’y a rien à découvrir, aucun effort intellectuel à fournir, on suit juste les gestes répétés par des millions de gens depuis des décennies.
Je pense aussi que le travail à fournir dans un jardin sauvage est plus éprouvant physiquement, même s’il est moins fréquent. Il faudra beaucoup se mettre à genoux pour effectuer du travail de précision à la main. Alors que passer une tondeuse, c’est assez peinard.
Il faut aussi apprendre à planifier, se mettre un rappel pour certains gestes à répéter tous les ans, car ce qu’on fait dans un jardin sans utiliser de produits chimiques prend plus de temps à porter ses fruits. D’un autre côté, il suffit d’attendre un peu trop longtemps pour se retrouver avec un jardin complètement transformé (trois jours de pluie et c’est la jungle).
Et surtout, il faut rester raccord avec son idée. Je pense qu’une grosse partie de la frustration vient du fait que le jardin ensauvagé ne permet pas vraiment de concevoir un jardin sur-mesure, toutes les idées ne sont pas réalisables, on n’a pas beaucoup de contrôle.
Il faut s’adapter et accepter, plutôt qu’essayer de forcer les choses et subir les imprévus.
On ne peut pas vraiment choisir les plantes qu’on va installer, sauf si on les sépare du reste du jardin (à cause des limaces, au cas où ce n’était pas clair…). Il faut accepter que des orties reviendront tous les ans (surtout si on habite à côté d’un champ) et qu’on devrait se contenter de les raser aux endroits de passage, tout comme les ronces qu’il ne sert à rien de s’escrimer à couper ou déraciner dès qu’elles pointent le bout de leur nez (d’ailleurs ronces et orties sont bénéfiques à la biodiversité).
Et le reste, ce sera une série de tests jusqu’à trouver ce qui fonctionne et nous permet de trouver le juste équilibre entre jardin de ville (avec ses contraintes et limites structurelles) et jardin plein de biodiversité.
(Si jamais tu t’es lancé·e dans cette folle aventure aussi, on peut s’entraider, je serais ravie de créer un espace en ligne pour pouvoir partager et se conseiller entre personnes qui on passé la phase lune de miel du jardin sauvage.)
La biodiversité (surtout animale, pour l’instant) s’est très rapidement invitée au jardin dès qu’on l’a laissé faire, et ça, c’est quelque chose qu’on chérit à chaque fois qu’on a droit à des observations de la faune dans notre petite oasis. Alors, certes, c’est moins facile que ce qu’on voudrait nous faire croire, mais je pense que ça vaut vraiment le coup.
Le conseil…
que j’aurais voulu qu’on me donne, c’est surtout d’y aller un pas à la fois : se donner pour objectif d’ensauvager un coin de jardin, et bien préparer le terrain, réfléchir et observer, puis étendre petit à petit, enrichi·e de l’expérience de la première surface. Ne pas sous-estimer la charge de travail, surtout si on la concilie avec un emploi du temps chargé, et penser au fait que la motivation est généralement très élevée au début d’un nouveau projet ou de la mise en place d’une idée, mais qu’il va falloir tenir sur le long terme.
Et surtout, même s’il reste beaucoup à y faire, profiter de son jardin. Aller se poser régulièrement dans son coin ensauvagé, observer la nature, profiter de ses bienfaits et voir la vie reprendre.
Merci d’avoir lu cet article !
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Pour les fleurs des prés, il faut soit faucher / tondre de temps à autre (lotier, trefle blanc, ... veulent un peu de place et de lumière), soit retourner la terre (les plantes de friche type coquelicot ne se battent que rarement avec les hautes herbes). Sinon, faut miser sur le fait que les herbes s'écrasent les unes sur les autres plusieurs années de suite et créent un début de substrat... mais ce n'est pas évident.
Limaces :
A/ cultiver en pépinière surélevée jusqu'à ce que le plan soit coriace
B/ jardin médiéval (haut) pour les espèces toujours fragiles
C/ canards coureurs (prédateur de limaces )
D/ hérisson (mais vu la baisse de leur population c'est difficile)
En gros, le souci, c'est le manque de prédateur.
Bon courage ! ^^
Trop cool ton article 😁 Je t'envoie mille ondes pour que tu puisses réaliser ton rêve de maison au bord du lac, j'avais vu un bel endroit comme ça dans le Jura avec des maisons en A, ça fait rêver c'est clair ! Pour le jardin je fais le même constat que toi, c'est du boulot et on est vite débordés. Ici on gère d'une manière très particulière étant donné qu'on a de nombreux espaces à s'occuper, on est apiculteurs, donc agriculteurs avec des machines performantes et un mari hyper actif ! Mon rêve de piscine est réalisé (du hors sol), 17 m3 ça fait profiter vraiment de l'espace ! Tout part de là maintenant, les rosiers fanés attendront ! Les deux chiens profiteraient plus si on clôturait le jardin... La petite cour fait l'affaire pour le moment 😅 Mesurons notre chance par ces chaleurs extrêmes... Au plaisir de te lire !