Recommandations culturelles #4 2026
Ce que j'ai lu, vu, écouté... récemment.
Un résumé de ce que j’ai aimé lire, regarder, écouter ou jouer ces derniers temps et que je recommande !
Roman - Babel (Rebecca F. Kuang)
Si tu es passionné·e de langues étrangères et que tu aimes les histoires de fiction qui n’ont pas peur de dénoncer.
Style : uchronie (réécriture de l’histoire), fantasy
Plot : Angleterre, vers 1830. Robin, un orphelin chinois, devient pupille d’un éminent professeur de Oxford, qui l’éduque en anglais, latin et grec pour lui permettre d’intégrer la prestigieuse université, et particulièrement son département de traduction où l’on produit la plus grande richesse de l’Angleterre : les barres d’argentogravure. Ces barres d’argent, une fois imprégnée de la magie offerte par la traduction, permettent de conférer des propriétés aux objets, ou d’agir directement sur les humains.
Dans une Angleterre colonialiste où les personnes de couleur et les femmes sont encore traité·es comme des sous-humains, Robin et les étudiants de sa cohorte, tous étrangers, pensent vivre un rêve privilégié en intégrant Oxford. Mais lorsque ce dernier est contacté par une organisation qui tente de saper les activités de la faculté de traduction, il est forcé de regarder la vérité en face et de questionner l’éthique de ceux qui lui ont tout donné.
Mon avis : Babel, c’est un sacré pavé (environ 750 pages pour l’édition collector chez De Saxus), et je pense que c’est un roman très clivant. En bref, soit on a un coup de cœur, soit ça ne passe pas du tout.
Pour ma part, ça a été un coup de cœur (même si je lui reconnais quelques défauts). L’intrigue et le système de magie reposent énormément sur la traduction, et sur différentes langues qui sont exploitées par les étudiants, et j’ai trouvé ça passionnant parce que j’ai toujours adoré apprendre des langues étrangères. À d’autres, ça semblera barbant.
J’ai aussi adoré la critique du colonialisme, du racisme, du sexisme et du classisme en Angleterre à l’époque (env. 1830). À travers la réécriture historique, j’ai découvert de réels événements de l’Histoire colonialiste de l’Angleterre.
Le système de magie est vraiment original, même s’il intervient somme toute assez peu (ce n’est pas un roman d’action, il se tourne beaucoup plus sur l’expérience des personnages, les dessous du système et la révolution).
C’est par contre un roman qui m’a semblé souffrir de quelques longueurs et qu’il faut prendre le temps de lire, parce que c’est dense et que ça invite à la réflexion.
Un extrait : “La justice, c’est épuisante.” Elle se frotta les tempes. “Voilà ce que je pense.”
Roman graphique - Racines (Lou Lubie)
Si tu veux feuilleter une BD qui élargit ta vision du monde capillaire et te permet de développer de l’empathie pour les chevelures noires, tout en te délectant de références pop culture de millenial.
Style : BD, fiction documentaire
Plot : Rose, une fillette réunionnaise métisse, a les cheveux crépus, et ils occupent une grande place dans sa vie ! Depuis l’enfance, où sa mère s’acharne à dompter cette crinière alors qu’elle-même a décidé de lisser ses propres cheveux en s’enfermant une heure chaque matin dans la salle de bains, Rose ne sait pas quoi faire de ces cheveux qui lui attirent jugements, honte et complexes. On suit alors l’évolution capillaire de Rose à travers l’adolescence, lorsqu’elle part étudier à Paris, et en tant qu’adulte active.
Mon avis : J’ai trouvé ce sujet, d’apparence futile, tout à fait passionnant. Alternant fiction et encarts informatifs, ce roman graphique m’a ouvert les yeux sur les préjugés et la pression dont souffrent les personnes aux cheveux crépus, sur la “taxe” que paient ces personnes, dans une société où leur cheveu est méconnu, sur les complexes qu’on développe quand personne dans les médias ne nous ressemble… Une très bonne surprise, surtout pour moi qui ne lit presque jamais de BD occidentale car j’accroche rarement au format !
J’ai aussi aimé les références culture pop des années 1990 et début 2000 !
Un extrait : “Soyons fair-play : des Barbies afro ont existé depuis les années 1980. Même moule, couleur différente. Mais les Barbie noires ne sont ni sirènes ni princesses. «Tu préfères être Noire ou nager avec les dauphins ?»”
Le site web de l’autrice (qui a de nombreux romans graphiques à son actif) où il est possible de feuilleter les premières pages de Racines
On peut encore avoir un petit aperçu de certaines bulles dans ce post :
La suite des recommandations juste après une photo de mon chat !
Salut, moi c’est Florence, et ici je parle de consommation raisonnée, de rapport au travail et à l’argent, de diversité et inclusion (et disons le gros mot : de féminisme), de pop culture, de (neuro)divergence, d’organisation et de simplification du quotidien… sans chichis, le tout parfois saupoudré de photos de mon chat (vous connaissez mon chat ? il est beau hein ?) et d’humour douteux teinté de références de millenial. Tu rejoins la clique ?
Roman - Le Tout (Dave Eggers)
Si les satires proches de notre monde réel te permettent de te défouler.
Style : science-fiction, anticipation
Plot : Le Tout est l’entreprise qui domine le monde de la tech et qui a imposé ses produits partout. Qui n’est pas connecté au Tout de nos jours ? Delaney a percé l’enceinte du saint des saints et a gagné sa place au sein du Tout. Son but, développer les pires idées d’applications pour enfin faire réagir la population et les gouvernements. Le problème, c’est que ses idées horribles deviennent les nouveaux produits phares du Tout. Comment saper un système de l’intérieur quand il a déjà dépassé toutes les limites imaginables ?
Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce livre, mais il faut que je précise que j’adore la SF et en particulier ce type de récit, et que j’ai une affinité avec le monde informatique (même si le livre ne requiert pas de niveau technique pour être lu).
Dans la situation actuelle, face aux délires toujours plus aberrants et quasiment quotidiens des quelques CEO milliardaires qui possèdent les plus grosses entreprises technologiques au monde, j’ai pris un malin plaisir à lire cette satire des sociétés de la Silicon Valley. Comme Babel, je sais que ce roman ne plaira pas à tout le monde, mais moi je l’ai englouti en quelques jours !
La représentation, dans le roman, d’une société technologique inarrêtable est suffisamment poussée à l’extrême pour faire rire, mais aussi assez proche de la réalité pour faire réaliser l’urgence de la situation.
Quelques thèmes qui sont abordés dans le roman :
La perte de nuance au profit de la simplification
L’incapacité à faire des choix sans être aidé·e par la technologie
L’obsession des mesures de performance et de l’optimisation de tout
L’éradication de l’intimité par souci de transparence et de sécurité
L’absence de libre arbitre et de choix personnels, la perte de l’esprit critique
L’uniformisation des goûts comme conséquence des plateformes de critique collectives
L’uniformisation des produits culturels pour créer des œuvres simples et consensuelles
Un extrait : “S'accroupir, c'est, genre, carrément mieux que se tenir debout », fit remarquer Kiki. Son téléphone émit une note de trombone triste. « Tu vois, c'est un rappel J'essaie de réduire l'usage de mots comme "genre" Je reçois un air de trombone quand j'en utilise. Et regarde.» Kiki désigna une série de mots et de phrases sur son téléphone. « Voici des choses que j'ai dites et que l'IA a signalées comme étant problématiques. » Elle indiqua une suite de mots dans un encadré rouge : baiser, sale, Cosby, oriental. « Ce sont tous des mots que j'ai prononcés aujourd'hui.”
Si tu aimes ce genre d’histoire, tu peux aussi jeter un œil à mon roman Big Universe publié chez La Lucarne indécente, disponible sur le site de la maison d’édition, sur les sites de la Fnac, Club, Cultura… et en commande auprès de toute bonne librairie.
Roman - L’espace d’un an (Becky Chambers)
Si tu veux une SF qui ne fait pas boum-boum-pan-pan et qui ne te plombe pas le moral.
Style : science-fiction, space opera
Plot : Rosemary embarque à bord du Voyageur, un vaisseau spatial chargé de créer des tunnels pour permettre des voyages plus rapides dans l’espace. À bord du Voyageur, elle devra apprendre à vivre avec différentes espèces extra-terrestres, tout en continuant à cacher sa véritable identité pour échapper à sa famille.
Mon avis : Si tu n’aimes pas la SF, ne fuis pas : ce roman est peut-être fait pour toi. L’espace d’un an est une SF qui se différencie par différents aspects : il y a très peu de scènes de combats et ce n’est pas hyper technique. Ici, on se concentre énormément sur les personnages et sur la culture des populations extra-terrestres imaginées par l’autrice. L’humain n’est pas central dans cet univers, il n’est qu’une espèce parmi d’autres intégrées à un système interplanétaire.
L’autrice a bien développé les caractéristiques physiques mais aussi les manières de communiquer, les mœurs, us et coutumes, les modes sociétaux… de ses différentes espèces, ce qui permet aussi de s’interroger sur ce qui fait l’humanité et sur ce qu’on considère comme allant de soi. Les personnages du Voyageur sont tous très singuliers (même les humains), ce qui m’a donné envie de suivre leurs aventures même les plus triviales.
Si ce roman détonne autant dans le paysage de la SF, c’est aussi parce qu’il est très cosy. Il y a quelques scènes d’actions, parfois de la violence, mais c’est traité de manière particulière : tout se résout assez vite, il n’y a pas de montée en violence, et la found family qui compose l’équipage est toujours là pour alimenter la résilience de ses membres et soutenir celles et ceux en difficulté. Certain·es qualifient l’écriture et l’histoire de “bisounours” et les dénigrent, moi j’ai trouvé ça très confortable sans manquer d’intérêt, grâce aux autres aspects qui sont développés.
Essai - Présentes (Lauren Bastide)
“Présentes” (sorti en 2020) a longtemps fait partie de ma liste de souhaits, mais j’ai lu tellement d’essais féministes, écouté tellement de podcasts, regardé tellement de reportages… qu’à un moment, les livres du genre avaient du mal à m’apprendre de nouvelles choses s’ils ne traitaient pas d’un sous-sujet plus précis, plus pointu.
Finalement, j’ai récemment profité d’heures d’écoute disponibles pour lire Présentes en livre audio, et j’y ai quand même trouvé des idées intéressantes. Cet essai se défend surtout par son côté intersectionnel en parlant aussi des femmes handicapées, racisées, queer, trans, pauvres…
Le propos principal du livre, c’est que les femmes et minorités doivent être présentes partout où la classe dominante peut l’être : dans la rue (sans avoir peur d’y traîner, d’y passer pendant la nuit, sans devoir s’écarter pour laisser passer les autres…), dans les médias, dans l’art et la culture, au travail à tous les postes.
En vrac, ce que j’en ai retenu :
Post “MeToo”, les boomers blancs défendaient leur “droit d’importuner”, alors que ces mêmes comportements étaient pointés du doigt quand ils étaient observés chez “des racailles de cité”. La différence entre dragueur et harceleur/agresseur se situe donc au niveau de la couleur de peau.
L’institutionnalisation, c’est le fait de séparer les personnes handicapées dans des établissements dédiés, et donc aussi une manière de leur signifier qu’on ne veut pas d’elles dans l’espace public.
S’en prendre aux personnes qui portent le voile à propos des attentats, c’est comme si on s’en prenait aux personnes qui portent une croix chrétienne pour les prêtres pédophiles.
La laïcité n’est pas une nouvelle religion qui efface toutes les autres, c’est un vivre-ensemble. En tout cas, ça devrait l’être, mais ce n’est pas comme ça qu’elle est appliquée par les pouvoirs.
Les personnes directement impactées et citées dans les discussions médiatiques ne se trouvent quasiment jamais autour de la table : on parle du droit à la procréation assistée pour les couples gays et lesbiens entre hommes cis-hétéro, on parle de ce qui se passe dans les cités entre bourgeois… On déshumanise ainsi “l’autre” qui n’a pas le droit à s’exprimer publiquement, à égal. Sous couvert de neutralité, on tait les voix de celles et ceux qui ne font pas partie de la classe dominante. Elle cite Alice Coffin : “La neutralité, c’est la subjectivité des dominants”.
Il faut compter pour se rendre compte de la situation ! Les chiffres sur la présente ou l’absence de certaines personnes est la seule information qui ne peut pas être réfutée. C’est pour ça aussi qu’il faut des quotas.
Lauren Bastide appelle à éviter la cancel culture envers les femmes et populations minorisées : si on n’est pas d’accord et qu’on veut exprimer son opinion publiquement, on peut par exemple développer le sujet sans nommer le comportement qu’on critique. Soutenir les femmes et minorités, c’est aussi accepter qu’elles puissent “se tromper”.
À propos des réseaux sociaux : ils ne sont ni bien ni mal. Ils permettent le harcèlement anonyme tout comme ils permettent de créer des liens avec sa communauté, de s’exprimer librement… Cependant, c’est aussi une manière de laisser les voix divergentes “faire mumuse” sur des médias non validés par l’opinion publique et par les personnes aux pouvoirs, tandis qu’on refuse toujours les médias nationaux et subventionnés à ces voix.
Oser se dire victime, c’est retourner le stigmate, c’est un geste politique dans une société de la performance. Quand on n’ose pas s’avouer victime, on joue le jeu de l’oppresseur ou de l’agresseur. Le patriarcat dénonce régulièrement la victimisation pour faire taire les dominé·es en les couvrants de honte ou les taxant de faiblesse.
Des podcasts
Tout d’abord, un épisode de Méta de Choc sur les “Formations bullshit”, ces formations de “développement personnel” en entreprises (PNL, CNV, DISC, MBTI…), qui promettent de distribuer des rôles dans une équipe efficacement, de décider de qui a du potentiel sur base de questionnaires sans fondement scientifique, ou encore qui poussent l’employé·e à se dépasser pour rester compétitif·ve.
Ensuite, un épisode du podcast Les gens qui doutent où Fanny Ruwet interroge Pénélope Bagieu. Je n’avais plus écouté ce podcast depuis des années, alors qu’avant, j’en écoutais tous les épisodes, mais j’ai retrouvé ce que j’adorais à l’époque : les façons de penser, les blocages, les croyances… de beaucoup d’artistes qui y sont interrogé·es, et qui se livrent avec beaucoup de transparence et de spontanéité, résonnent souvent énormément avec moi. Et puis, Pénélope Bagieu quoi !
Un Manga
Il s’agit d’une série en cours, dont les quatre premiers tomes sont disponibles en français. Songe d’une nuit ambrée parle de trois personnes qui se rencontrent et décident de travailler sur un projet commun : le propriétaire d’un bar de bières artisanales (craft beer) qui essaie de donner un nouveau souffle à cette boisson populaire grâce aux associations culinaires (pairing), une employée d’agence marketing en CDD qui a du mal à se faire entendre au travail, et un photographe freelance qui a passé sa vie à bourlinguer pour éviter de s’ancrer.
Ensemble, ils développent le concept de ce bar à bière qui a pour ambition d’offrir des associations pour tous les goûts.
Une citation
Puisque j’ai lu pas moins de trois uchronies récemment (“Babel”, “L’oiseau de feu” et “My lady Jane”), cette citation (que j’ai découverte dans “L’oiseau de feu” il me semble) vient à point :
“Qu’est-ce que l’histoire, sinon une fable sur laquelle tout le monde est d’accord ?” - Napoléon Bonaparte
Un post Instagram
Parce qu’il y a quand même du contenu qualitatif sur les réseaux sociaux, et quand on a la chance d’en trouver, il faut le partager.
Ce post explique comment une anecdote (une expérience unique et marginale) peut démolir des faits nombreux et avérés, surtout dans les discours extrémistes.
Le blog
Un article récent sur mon blog :
Merci d’avoir lu cet article !
La publication The Flonicles - Le salon de thé est gratuite aujourd’hui, et j’aimerais qu’elle le reste, pour rendre mon contenu accessible au plus grand nombre. Si tu aimes mon travail et que tu peux te le permettre, tu peux me soutenir en faisant un don unique ou mensuel via Buy me a coffee, quelle que soit la somme. Tu peux aussi opter pour l’abonnement payant sur Substack, te procurer un de mes guides pratiques ou mon roman dystopique adulte Big Universe. Merci pour ton soutien 🧡
Un curriculum personnel, mais sans s'épuiser (ou comment s'assurer de continuer à apprendre)
Il y a quelques semaines, je racontais ici à quel point j’avais du mal à “m’ennuyer”, et l’impression que je devais absolument trouver un projet qui me permettrait de me voir avancer et de m’évaluer, me sortir de ma routine “trop” confortable. (“trop confortable






