Que faire de sa vie (quand on veut être autrice)
Trouver sa place dans le cacapitalisme quand on voudrait juste écrire des livres.
Cet article intéressera principalement les personnes qui ont un pied dans le monde de l’édition ou qui écrivent, alors si tu n’as pas envie de le lire, je te propose des alternatives dans la même veine mais dont le sujet est plus large :
La “hustle culture” a-t-elle volé ma capacité à me détendre à tout jamais ? (Retrouver du plaisir dans ses hobbies sans ressentir la nécessité de tout rentabiliser)
Trop d’idées ? Apprends à gérer et à passer à l’action : comment je trie toutes mes nouvelles idées pour ne pas me lancer dans tout et n’importe quoi
Et un article de saison : faire ses valises est plus facile quand on est minimaliste !
Il y a quelques mois, de nombreuses autrices (j’ai décidé arbitrairement d’écrire tout mon article au féminin aujourd’hui) sur Substack et ailleurs sur Internet tentaient de nous convaincre qu’il fallait devenir autrepreneure ou auteure-preneure, ou toute variation tout aussi moche de ce mot-valise. En gros, une contraction du mot “auteure” et “entrepreneure”.
Puisque la majorité du travail d’autrice n’est pas rémunéré1, il faut bien trouver une manière de gagner de l’argent en attendant (en attendant l’hypothétique succès dont nous serons peu à bénéficier).
Trois possibilités s’offrent à nous :
avoir un travail salarié, à temps plein ou partiel, en plus de notre travail d’écriture (je ne m’en sens plus capable et je ne l’ai jamais vraiment été à vrai dire)
avoir une activité “à côté” avec un modèle suffisamment flexible pour pouvoir continuer à écrire
développer une activité lucrative de formation/conseil/coaching/mentorat liée à l’écriture
Donner du conseil aux autres autrices
C’est le dernier modèle qui a beaucoup été vanté dernièrement (quoique j’ai l’impression que le soufflé est déjà retombé, parce que je ne vois plus rien passer sur le sujet maintenant).
En gros, en attendant de gagner sa vie grâce à ses propres livres (ou parce qu’on se dit que les livres ne nous permettront jamais de gagner note vie même si on est éditée), on donne des conseils aux autres autrices et aspirantes autrices.
J’en ai parlé un peu dans un autre billet2, même si j’adore donner des formations, écrire des blogs et des guides pratiques, et de manière générale conseiller les gens et leur expliquer des trucs (autism much?), j’ai du mal à trouver de la légitimé dans ces conseils, puisque je n’ai pas de macaron NewYorkTimesBestSeller sur mon roman (je sais que ces distinctions ne veulent rien dire, mais tu vois où je veux en venir…).
Et j’avoue que, moi-même, à moins de pouvoir juger de l’expertise d’une autrice (soit parce qu’elle a un blog hyper complet et intelligent, soit parce que j’ai lu un de ses romans et qu’il m’a scotchée*), je m’imagine assez mal payer pour suivre des cours ou lire un guide. Parce qu’on est un peu toutes dans le même bateau, et que je considère que le succès de l’autrice, c’est une grosse part de chance et d’opportunités à un moment X, et qu’il est imprévisible. (Et parfois des relations pré-existantes dans le domaine que certaines autrices taisent volontairement pour faire croire à une success story de rêve ou un talent particulier… afin de vendre des formations !)
Certaines mettent toutes les chances de leur côté et n’y arriveront jamais. D’autres connaissent le succès par hasard. Et d’autres encore planifient et réussissent.
(*concrètement, à cet instant, je pense que la seule autrice dont je voudrais suivre des cours d’écriture serait Margot Looten, parce que La mémoire des os m’a bouleversée à tout jamais en tant qu’autrice, mais en même temps je préfèrerais qu’elle se consacre à l’écriture de ses futurs romans, et j’avoue que mon esprit analytique me permet de comprendre exactement ce qui m’a autant impressionnée dans ce roman, donc bon qu’y a-t-il de plus à apprendre, je ne sais pas Margot, si tu sais dis-le nous)
J’ai un peu l’impression qu’on se retrouve avec le problème des “coaches” en tout genre qui expliquent comment accomplir des choses qu’ils ou elles n’ont pas accomplies, à coups de storytelling convainquant (= exagération des succès, mais avec de jolies tournures de phrases) et autres accroches tapageuses.
L’autre truc, c’est que j’ai un problème avec le concept de conseil en écriture. Autant j’adooooooore analyser, décortiquer et critiquer ce que je lis (je rappelle que “critiquer” n’est pas un mot à connotation négative, de base), autant ça reste mon avis subjectif. Dans un paysage littéraire qui me semble de plus en plus lisse et consensuel, je pense que les autrices doivent pouvoir se distancer des conseils qui les ramènent dans le troupeau. Dès lors, qu’est-ce qui fait un bon et un mauvais conseil ?
Ce que je veux dire, c’est que ce qui apparaît comme un défaut pour certaines lectrices (et potentiellement conseillères en écriture pro) peut relever du style de l’autrice. Parfois le “style” est une mauvaise excuse pour ne pas améliorer son écriture, mais parfois le “style”, c’est vraiment le “style”… et c’est ce qui permettra à un roman de se différencier des autres sur le marché.
Donc voilà, j’ai des tas de choses à dire et d’avis à donner, et je pense que ça restera du contenu pour cette newsletter, mais de là à créer un contenu payant pour prétendre aider les autres à améliorer leurs manuscrits… j’attends d’avoir au moins signé ma première adaptation au cinéma avant de m’y aventurer 😉.

J’ai aussi pensé plusieurs fois à donner des ateliers d’écriture IRL, d’en proposer à la bibliothèque ou dans d’autres lieux, mais j’ai du mal à me lancer sans avoir d’idée d’un concept bien à moi (et il s’agirait d’ateliers bien-être ouverts à tout le monde, pas du tout de cours destinés à des autrices en particulier)
Des activités annexes à l’écriture
Si on met de côté cette passion de pointer ce qui me déplaît dans le texte des autres, que reste-il ? On peut viser des activités complètement étrangères à l’écriture, en tant que freelance. Cependant, j’avoue que le secteur du livre m’attire énormément. Je n’ai pas le bagage professionnel ni la formation pour travailler dans une maison d’édition, je pense (puis j’habite en Belgique et j’ai zéro envie de déménager à Paris).
J’ai par contre pas mal d’intérêt pour des activités qui sont utiles au secteur du livre : le dessin, le français et la mise en page. (Oui, on peut avoir un attrait pour la mise en page. Je suis une geek de Word, je m’éclate à créer des styles prédéfinis, des automatisations, tout ça… mais en même temps je meurs d’envie de quitter les GAFAMs3 donc ça devient compliqué, mais bref, problème pour un autre jour.)
Ça tombe bien, parce que ces trois intérêts peuvent se traduire en activités freelance, et c’est pour l’instant l’objectif qui m’anime.
J’ai envie de me lancer dans tout à la fois, comme d’habitude, mais pour commencer j’ai réussi à réfréner cette fougue pour bâtir des bases dans les disciplines progressivement, une chose à la fois, tout en sachant que dès qu’un truc m’ennuiera je pourrai retrouver de la motivation en commençant le projet suivant.
(Aussi, au-delà de tout ça, je suis en recherche active d’une ME pour un manuscrit terminé et finalisé, je suis en pleine relecture et amélioration de mon deuxième manuscrit complet, et j’ai deux romans entamés sur lesquels je veux travailler ensuite, ainsi qu’une quinzaine d’idées pour en démarrer d’autres. Donc je ne peux pas me former à trois activités en même temps, en plus de ça.)
Illustrer des couvertures (et des goodies/illustrations)
Je dessine depuis l’enfance (probablement avant d’avoir commencé à écrire mes premières histoires courtes) mais je n’ai pas de formation artistique, et je n’ai pas dessiné pendant une très longue période. Depuis quelques années, je me suis remise plus “sérieusement” au dessin, pour mon bien-être et pour avoir une activité à moi qui ne soit pas publique, ni sur écran.
Récemment, j’envisageais la possibilité d’auto-éditer un de mes romans, et ça m’a donné envie d’apprendre à réaliser des couvertures moi-même. Pas (seulement) parce que je suis une rate 🐀(et que je refuse cependant d’utiliser l’IA), mais parce que j’adore dessiner, que j’apprends toujours mieux quand j’ai la pression un objectif précis et concret, et que j’ai envie d’apprendre le dessin numérique (je crois qu’on dit DAO dans le jargon, ou graphisme, mais je sais pas trop) depuis plus de dix ans sans trouver la motivation.
J’ai donc acheté un tablette (j’ai pris une tablette sans écran, non seulement parce que ça ne coûte quasiment rien 🐀 et que je n’ai pas de revenus, mais aussi parce que c’est mieux pour le dos. surtout pour le dos, bien sûr.) et je pensais que les premiers pas seraient plus difficiles, mais finalement je suis contente de ce que j’arrive déjà à dessiner. Je suis bien sûr très loin de pouvoir faire quelque chose de commercialisable aujourd’hui, mais je suis confiante. J’ai juste du mal à estimer le temps que ça me prendra.
(Surtout que je suis consciente qu’après l’étape des beaux dessins, il y aura tout un tas de normes à apprendre pour dessiner des couvertures de livre, que ce soit pour l’impression, l’agencement visuel, et toutes les choses que j’ignore encore.)
Cependant, ce projet me fait peur… Comme je le disais, le dessin est l’une de mes rares passions de longue date, mais aussi un hobby que j’ai réussi à tenir loin des écrans, loin des mesures de performance, et si je la transforme en activité lucrative, je change mon rapport à ce loisir… J’en avais parlé dans un article il y a plusieurs années4, où je me lamentais du fait que tous les loisirs ont tendance à se transformer en tentative de gagner de l’argent (avec toutes les conséquences négatives), et j’ai relu ça dans un autre article ici5, et ça me fait douter.
Corriger les textes
Vu que j’aime bien commenter tout et n’importe quoi, je me ferais un plaisir de corriger des manuscrits. J’adore les langues, y compris la mienne, et j’ai un œil affûté qui repère toutes les coquilles et les fautes dans les romans (malheureusement pour moi, RIP le plaisir de lecture et la fluidité).
Je sais que mon niveau en français n’est pas parfait, mais je pars avec une très bonne base et je voudrais me former pour combler mes lacunes, être plus sûre de mes règles grammaticales ou encore améliorer mon vocabulaire.
Pour l’instant je pense m’orienter vers le parcours Voltaire pour ça (si tu es passée par là et que tu as des recommandations de livres ou formations, ou des retours d’expérience, je suis très intéressée !).
En attendant de me lancer sur un chemin de formation concret, je relève tous les mots et expressions que je rencontre au fil de mes lectures et que je ne connaissais pas (ou dont le sens n’était pas totalement clair) pour les répertorier et améliorer mon vocabulaire. J’ai décidé de faire ça sur mon site Lis et écris en français, que j’avais débuté pour aider les personnes qui apprennent le français en tant que langue étrangère, mais vu que ce projet me tombe un peu des mains depuis quelques mois, je pense le faire évoluer vers l’apprentissage approfondi du français pour les francophones (ou faire vivre les deux en parallèle, rien n’est décidé, ce n’est pas ma priorité pour l’instant…).
En plus de la correction orthographique pure, je pense avoir un bon œil également pour certains types d’incohérences. Mais ça risque de glisser vers du conseil éditorial…
Faire de la mise en page
Enfin, niveau mise en page, c’est bien le seul domaine où j’envisage quand même de créer des cours en ligne (parce que c’est un domaine technique et concret). J’ai déjà beaucoup de conseils à donner concernant Word, mais je souhaite aussi me former à d’autres outils (je songe à InDesign). C’est une compétence qui permettrait de donner des formations, de fournir des prestations à des auto-édité·es et de travailler avec des ME.
Et la bêta-lecture ?
Vu que j’aime lire de manière critique et analytique (c’est pas que j’aime, c’est juste que je ne peux pas m’en empêcher, en fait), j’ai pensé très souvent à travailler comme bêta-lectrice professionnelle.
Cependant, si tu as tout lu et suivi jusqu’ici (pas de problème dans le cas contraire, je respecte), j’ai un problème avec le conseil en écriture et le risque de lisser les écrits, ou au contraire de les pousser dans une direction influencée par une opinion personnelle. Je pense que ça doit être très difficile de ne pas laisser sa carrière d’autrice influencer son activité de bêta-lectrice ! (Et même lorsqu’on est bêta-lectrice pro sans nécessairement être autrice, de faire la part des choses entre un ressenti personnel et un problème manifeste.)
En tant qu’autrice, j’accorderais plus de valeur à cinq (ou plus, soyons folle) bêta-lectures, non professionnelles, qu’à une seule, professionnelle, parce que c’est, à mon avis, la diversité des retours qui peut aider à voir un problème indéniable (et à différencier une opinion personnelle d’un problème avéré qui a dérangé 100% des bêta-lecteur·rices).
Donc oui, c’est une piste que j’aimerais pouvoir explorer, mais je ne sais pas trop comment, où, avec qui, quand...
Pourquoi autant de pistes
Déjà, parce que je m’ennuie très vite (adhd much?), et que je trouve ça rassurant d’avoir une réserve d’idées à exploiter quand je perds la motivation d’un côté ou de l’autre. Sans omettre le fait que tous ces projets m’enthousiasment vraiment.
Contrairement au dernier projet dont j’espérais tirer des revenus (Mon journal en français, en hiatus à durée indéterminée), que j’avais imaginé uniquement dans un but lucratif, cette fois il s’agit de compétences qui me servent directement dans mon activité d’autrice et que j’ai envie d’apprendre ou développer (et que j’aurais envie d’apprendre pour ma propre satisfaction même si l’argent n’était pas un souci).
Deuxièmement, parce que toutes ces activités sont liées et peuvent être complémentaires, et surtout permettre de trouver des prospects de manière croisée. (Oui, je me projette toujours énormément, oui, j’en suis consciente, oui, c’est un peu problématique.)
Finalement, c’est plus sécuritaire. Je me rends compte qu’il est difficile de trouver des clients dans ces domaines, et qu’on est beaucoup à proposer ces services (le combo autrice + graphiste est particulièrement en vogue), et que je vais débarquer dans un marché où les freelances sont déjà malmené·es. Alors, au risque de m’éparpiller un peu, je préfère ne pas me lancer à corps perdu dans un seul projet de ce type pour finir déçue en fin de compte. (Mais c’est peut-être comme ça que je finirai par ne rien faire jusqu’au bout, on ne change pas un équipe qui perd…)
Et voilà pour la petite histoire. Je suis avide de conseils, de retours d’expérience, d’avis, ou d’un petit commentaire pour me raconter comment se passe ta journée, ton manuscrit, ton chat…
Merci d’avoir lu cet article !
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Je croyais que je devais écrire des personnages racisés
Il y a quelques mois, j’étais en plein dans l’écriture de mon roman de fantasy quand j’ai réalisé qu’aucun de mes personnages n’était racisé (au sens systémique du terme, pas au sens imaginaire). Et je me suis dit que c’était un problème.





