Quand déconsommer fait consommer plus
L'encombrement est pavé de bonnes intentions...
Depuis des années, je m’efforce de ne pas remplacer ce qui est toujours utilisable et d’éviter les achats neufs, de me questionner sur ce dont j’ai vraiment besoin et de chercher comment employer ce que je possède déjà pour éviter d’acquérir quelque chose de nouveau.
Se cramponner à un objet qui ne fonctionne pas ou ne satisfait pas peut pourtant pousser à consommer plus, et j’en ai fait les frais récemment.
Salut, moi c’est Florence, et ici je parle de consommation raisonnée, de rapport au travail et à l’argent, de diversité et inclusion (et disons le gros mot : de féminisme), de pop culture, de (neuro)divergence, d’organisation et de simplification du quotidien… sans chichis, le tout parfois saupoudré de photos de mon chat (vous connaissez mon chat ? il est beau hein ?) et d’humour douteux teinté de références de millenial. Tu rejoins la clique ?
C’est l’histoire d’un meuble
Quand on a déménagé dans notre nouvelle habitation, on a fait le tri dans les meubles pour choisir ceux qu’on serait contents de continuer à utiliser et ceux dont on ne voulait plus (histoire de ne pas déménager ce mobilier pour rien).
Pour la plupart des meubles, c’était très clair. Soit on s’en plaignait depuis quelques temps et on allait profiter du déménager pour les renouveler, soit on n’avait rien à en redire et ils auraient leur place dans le nouveau logement.
Le problème s’est plutôt posé du côté des meubles qui ne brillaient ni par leurs qualités ni par leurs défauts.
Comme ce meuble de rangement dont on n’avait plus besoin en tant que tel, mais que j’ai décidé de récupérer pour mon bureau (vu que l’ancien meuble dans mon bureau ne me satisfaisait pas et qu’il a fini dans une autre pièce pour un autre usage).
Déconsommation et compromis : stop ou encore ?
L’une des clés de la déconsommation ou du minimalisme, c’est de se questionner sur l’intérêt d’acquérir quelque chose de nouveau (“nouveau” chez soi, que ce soit neuf ou d’occasion). Il ne s’agit pas uniquement d’évaluer si une envie est réelle et ancrée, ou temporaire et causée par un facteur externe, mais aussi de penser en termes de réutilisabilité de ce qu’on possède déjà.
Le capitalisme nous fait acheter, entre autres, grâce à l’hyperspécialisation des objets et produits. Si on possède déjà tout ce dont on a besoin, on dépense moins (voire pas) d’argent. Il faut donc créer de nouveaux besoins en faisant croire que les produits plus génériques ne font pas le job. On observe énormément ça dans les produits ménagers et beauté*.
Bien consciente de cette technique de vente, avant d’acheter quelque chose de nouveau, j’essaie toujours de trouver une alternative déjà présente chez moi : un objet que je pourrais utiliser dans plusieurs situations, un produit que je peux détourner ou transformer…
C’est ce que j’ai fait avec mon meuble. Ce qui me servait d’armoire à chaussures dans le passé deviendrait mon rangement de bureau. Même si ce n’était pas idéal…
Il s’agissait d’un meuble à portes avec des étagères, or je m’en servais pour ranger mon matériel de dessin, de journaling et de broderie, ainsi que mon matériel informatique et de bureau, ce qui a plutôt sa place dans des tiroirs.
Mais j’allais trouver une solution, je refusais d’acheter un nouveau meuble, j’étais plus forte que ça !
Entrée de l’ennemi : les compartiments de rangement
Pleine de bonnes intentions, j’ai tenté de “modifier” mon meuble pour qu’il réponde à mon besoin plutôt que de racheter un autre meuble. Et j’ai commis un impair, j’ai fait ce que j’ai maintes fois déconseillé : j’ai acheté des compartiments pour ranger mes affaires*.
Puisque mon meuble n’avait pas de tiroirs, alors que c’était le type de rangement dont j’avais besoin, je lui ai ajouté des tiroirs. J’ai d’abord acheté un bloc de rangement avec deux tiroirs, que j’ai trouvé de seconde main. Impact faible (à part la livraison…), petit prix (mais ça reste de l’argent qui aurait pu être investi ailleurs), ça me semblait futé.
Ça m’a permis de ranger un peu mieux une partie de mes affaires, mais c’était pas dingue. Ça ne couvrait qu’une infime surface des étagères de mon meuble, ça ne contenait qu’une petite partie de mes objets mal rangés, en plus quand j’ouvrais les tiroirs tout le compartiment venait avec, ça m’embêtait à chaque fois.
Mais le pire, c’est que je n’ai pas réalisé à ce moment là que j’étais en train de commettre une erreur. J’aurais pu voir, avec cette solution bancale, que ça n’allait pas fonctionner, que je n’allais pas remplacer un vrai meuble à tiroirs par un meuble à étagères avec des compartiments de rangement.
J’ai persévéré, toujours armée de mes bonnes intentions !
J’ai acheté des bacs à courrier (et j’ai découvert que c’était pas bon marché pour un truc que quasiment plus personne n’utilise). Cinq. Franchement, ça fonctionnait plus ou moins pour ranger. Tant que je ne voulais pas utiliser mes affaires. Parce que autant ça avait l’air bien ordonné, autant à chaque fois que je voulais prendre quelque chose c’était compliqué parce que tout était trop serré, empilé…
Finalement, parfois, acheter la chose dont tu as besoin te fait économiser
Parce que, si tu en as vraiment besoin, ça vaut le coup de l’acheter (de seconde main si possible, neuf si pas d’alternative).
J’aurais dû voir le problème au moment où mes bonnes intentions me poussaient quand même à acheter des objets d’organisation pour réussir à utiliser mon meuble. Surtout, j’aurais dû me rendre compte, après le premier bloc de rangement, que ça n’allait pas fonctionner.
Mais hé, c’est comme ça qu’on apprend !
Au final, j’ai trouvé un meuble à tiroirs qui m’a coûté aussi cher que mes cinq bacs à courrier… (Epic Fail) J’ai heureusement pu revendre mon rangement à tiroirs, et un peu plus tard mes bacs à courrier, dans le cas contraire je me serais retrouvée encombrée de trucs qui prennent de la place et dont je ne sais que faire, et j’aurais fini par les donner à une ressourcerie…
Savoir quand se forcer à utiliser ce qu’on a, et quand s’autoriser un achat
Cette erreur avait pris racine dans la peur de faire un achat inutile, de gaspiller de l’argent, de regretter, de participer à la société de surconsommation (culpabilité)…
Comme j’aime à le dire, ce n’est pas possible de ne jamais faire d’erreurs (concernant le minimalisme ou n’importe quoi d’autre), mais dorénavant, j’essaierai de me poser ces questions pour les éviter :
Est-ce que je me force à réutiliser ce que j’ai parce que je stresse à propos de l’argent ? Si oui, est-ce que je peux prendre sur moi pour ne rien changer pour le moment, et attendre jusqu’à ce que j’aie assez d’argent pour acheter la bonne solution ? Est-ce que j’ai envisagé toutes les options (magasins discount, seconde main, donneries…) ? Combien de temps ça me prendrait d’avoir l’argent nécessaire ? Est-ce que je peux revendre ce que j’utilise actuellement pour investir l’argent dans l’objet adéquat ?
Est-ce que garder l’objet me fait faire des dépenses ? Si je dois dépenser pour une réparation et que je suis sûre que ça va fonctionner, c’est plutôt positif. Par contre, si je dois acheter des objets en plus, il faut que je me questionne.
Red flag : Est-ce que je me retrouve à acheter des objets dédiés au rangement pour faire fonctionner mon meuble / mon aménagement ? Si c’est le cas, est-ce que l’endroit où je range est mal conçu pour ce que j’y range ? Une autre solution peut aussi être de se défaire d’objets qu’on n’a pas vraiment besoin de garder pour avoir besoin de moins d’espace de rangement.
Red flag : Si j’achète de seconde main, est-ce que j’achète vraiment ce qui me convient ou est-ce que je me rabats sur une alternative dont je risque de ma lasser juste parce que c’est plus éthique ?
Red flag : Est-ce que j’achète quelque chose de bon marché mais qui ne convient pas tout à fait à mon besoin, parce que je n’ai pas les moyens de me payer l’objet adéquat ? Dans ce cas-ci, il faut aussi se demander dans combien de temps on pourrait s’acheter le bon objet. Si ça se compte en années, évidemment qu’on va chercher un entre-deux. Mais si c’est la hâte qui nous pousse à acheter un objet qui ne convient pas tout à fait, c’est probablement un mauvais achat.
Et puis, au pire, on se plante et on apprend pour la prochaine fois ! Tu as déjà dépensé plus en essayant à tout prix d’utiliser ce que tu avais déjà ?
Merci d’avoir lu cet article !
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J'apprécie la remarque sur l'hyperspécialisation, c'est quelque chose que j'avais vaguement remarqué mais pas forcément verbalisé. Ça me permet de prendre explicitement conscience de ce phénomène.