Non, un roman avec une héroïne forte n'est pas un roman féministe
Ou quand le marketing joue sur un concept politique nécessaire jusqu'à le dénaturer
Dans ce post, j’analyse d’abord ce qu’est une héroïne forte et ce qu’est un roman féministe, puis je parcours plusieurs romans estampillés comme “féministes” que j’ai lus récemment pour réfléchir s’ils le sont vraiment ou si l’équipe marketing se moque de nous.
Qu’est-ce qu’une “héroïne forte” ?
Pour commencer, je déteste cette notion d’héroïne badass qui semble être la seule réponse au manque de diversité de genre (entre autres) dans les médias culturels (tout ce que je vais dire ici s’applique autant aux séries et aux films qu’à la littérature).
Cette notion pose plusieurs problèmes, par exemple :
Le féminisme n’est pas là que pour défendre les femmes fortes, et on ne devrait pas attendre qu’une femme forte se lève contre la société pour régler les problèmes sexistes
Quand une femme très puissante trace son chemin à travers un monde hostile et s’en sort toute seule, ce qu’elle démontre, c’est qu’il suffit d’être au-dessus de la moyenne pour réussir. Or, c’est déjà ce qu’on nous demande dans la vraie vie, en tant que femme ou personne identifiée comme telle : pour réussir dans le monde du travail, il faut maîtriser les codes mis en place par d’autres, il faut produire deux fois plus d’efforts pour accéder aux mêmes privilèges, et j’en passe. C’est pareil dans la vie privée, quand on considère le travail domestique et éducationnel. Bref, la majorité des femmes qui s’en sortent particulièrement bien on soit donné beaucoup plus que les personnes identifiées hommes pour y parvenir, soit eu la chance de naître dans un milieu très privilégié.
De ce fait, ces exemples de femmes qui se lèvent envers et contre toustes pour devenir des héroïnes ne m’inspirent pas, parce que j’en ai marre de devoir prouver ma qualité d’humaine plus que d’autres.
De plus, ces héroïnes n’emmènent pas toujours les autres femmes (quand j’utilise le mot “femme” dans cet article, j’englobe toute personne qui est identifiée comme telle) dans leur sillage. D’ailleurs, qu’elles soient individualistes ou pas, les deux cas de figure posent problème. Si ces héroïnes sont nécessaires pour sauver les autres femmes, cela veut dire qu’on a remplacé le preux chevalier ou le prince charmant, censés nous sauver, par une femme badass dont la position nous est inaccessible : une Mary Sue (on en parle juste après!).
Finalement, de nombreuses réflexions actuelles ont mis en lumière le phénomène de responsabilisation individuelle, qui permet aux gouvernements et aux personnes qui détiennent le pouvoir de se débarrasser de cette responsabilité. On l’a vu avec la culture du bien-être et du développement personnel, qui exige que chaque personne soit capable de gérer ses besoins personnels (par exemple, face au phénomène de société qu’est le burn-out), plutôt que de mettre en place des solutions systémiques. On déplace ainsi la charge mentale et économique vers l’individu, et s’il ne s’en sort pas, c’est de sa faute.
Faire miroiter qu’on a besoin de sauveuses qui prennent cette charge et cette responsabilité pour atteindre l’égalité des genres, c’est un peu la même chose. (On remarquera d’ailleurs que les “héroïnes badass” permettent rarement d’atteindre une situation qui est améliorée pour tout le monde, et j’en reparle dans la section sur ce qu’est le roman féministe.)
La Mary Sue est un fantasme
Une Mary Sue est un personnage de fiction (dans un roman, un film, une série…) qui semble être doué·e de toutes les qualités, tous les pouvoirs, un bon gros lot de chance, une intelligence et/ou des réflexes infaillibles qui l’envoient toujours sur la bonne piste directement, ou tout à la fois, au point où il ou elle réussit tout ce qu’iel entreprend, même dans les situations les plus désespérées.
Un personnage masculin peut être une Mary Sue, mais cette étiquette ressort beaucoup plus lorsqu’il s’agit de personnages féminins. Trop longtemps relégués à l’arrière-plan, la réaction des réalisateur·rices de séries et films pour rétablir l’équilibre a été de créer énormément de personnages féminins Mary Sue, au point où ces personnages deviennent fades et inintéressants : ils n’ont pas de défauts, on ne peut pas s’y identifier, ils ne se trompent jamais, ils n’ont pas d’états d’âmes, ils sont toujours bons et prennent les décisions justes. Bref, des robots.
Pire, lorsqu’on étudie la question de la représentation et des role models, on découvre que ces personnages irréalistes sont moins inspirants qu’on pourrait le croire : en effet, il n’est pas facile de se projeter dans la peau de la femme qui réussit des choses incroyables, qui bénéficie d’un réseau de soutien indéfectible, qui plane au-dessus de l’humaine moyenne.
(C’est un sujet qui a beaucoup été étudié dans le monde des sciences, si ça t’intéresse tu peux rechercher “l’effet Marie Curie”, ou lire l’essai “Les oubliées du numérique” d’Isabelle Collet qui en parle dans le cadre particulier des métiers de la technologie.)
D’ailleurs, qu’est-ce qui fait un roman “féministe” ?
La suite de l’article juste en dessous ! - Salut, moi c’est Florence, et ici je parle de consommation raisonnée, de rapport au travail et à l’argent, de diversité et inclusion (et disons le gros mot : de féminisme), de pop culture, de (neuro)divergence, d’organisation et de simplification du quotidien… sans chichis, le tout parfois saupoudré de photos de mon chat (vous connaissez mon chat ? il est beau hein ?) et d’humour douteux teinté de références de millenial. Tu rejoins la clique ?

Un roman féministe, pour moi, c’est un roman qui parle de féminisme sans honte, un roman woke et fier : il adresse les violences systémiques à l’encontre des personnes qui ne sont pas des hommes cis hétéro, il questionne la place des femmes (et autres populations minorisées, idéalement), il propose des solutions ou il grossit le trait pour nous alerter.
J’aime bien cette réflexion d’une autrice sur son blog :
Ce qui peut être perçu comme étant féministe dans ces deux romans, c’est cela : je suis une femme et j’ai écrit l’histoire de femmes qui refusent d’être considérées comme des serpillères.
Autant dire que la barre est basse.
source : “Un roman féministe, ça existe ?” sur le site de Florence Hinckel
Un autre aspect du roman féministe, c’est que le militantisme du roman féministe se lit, se voit, se sent. Pour moi, on ne peut pas vraiment écrire un roman féministe sans mettre les pieds dans le plat. Certaines (je considère que les romans féministes sont écrits par des autrices, identifiées comme femmes, si pas toujours, quasiment) arrivent à le faire avec un peu plus de subtilité, peut-être, mais si un roman ne force pas tout·e lecteur·rice à s’interroger sur des questions liées au féminisme, c’est qu’il ne s’assume pas suffisamment. Et on ne peut pas militer tout en s’assurant de ne pas froisser les Jean-Michel Patriarcat (terme emprunté à l’autrice et illustratrice Blanche Sabbah).
La référence du roman féministe : La servante écarlate
Je vais parcourir plus bas mes lectures récentes estampillées “féministes” pour analyser leur côté engagé, ou pas, mais s’il faut retenir un seul roman clairement féministe, pour moi, c’est La servante écarlate de Margaret Atwood. On ne peut pas faire plus frontal (je pense ?) en matière de questionnement de la société.
D’ailleurs, ce que j’aime aussi, c’est que si on s’en tient au roman (et pas à la série télévisée qui a été extrapolée de l’histoire initiale), il me semble que l’héroïne, June, est loin d’être une Mary Sue. On a plusieurs fois envie de l’insulter parce qu’elle prend des décisions idiotes, et échoue plusieurs fois, elle tente de manipuler les personnes qui pourraient l’aider quitte à devoir s’avilir, elle n’est donc pas une blanche colombe (en témoigne aussi son passé).
Cependant, June fait preuve de sororité, la fameuse valeur qui manque souvent à notre héroïne badass qui marche seule contre vents et marées. Grâce à la narration du roman, on découvre comment les personnes identifiées comme femmes ont pu perdre leurs droits par des manœuvres insidieuses du gouvernement. On observe le système mis en place par Gilead, qui représente bien les rôles qu’on veut donner aux femmes dans une société patriarcale.
(Petite note : j’ai lu La servante écarlate il y a plusieurs années, j’en ai un très bon souvenir, j’espère que ma mémoire ne me trompe pas…)
Ces romans qui se disent féministes
Et voici maintenant une liste d’œuvres littéraires qui sont marketées comme féministes, que j’ai lues récemment, et mon opinion sur leur côté engagé.
Cucul, de Camille Emmanuelle
Le point marketing : “Hilarante et engagée,
la comédie romantique que vous attendiez,
sans savoir que vous l’attendiez.” - Seuil (maison d’édition)
Genre : humour, romance, feel good, contemporain
Le plot : Une prof de français écrit des histoires d’amour le soir pour se faire de l’argent de poche, mais quand son éditrice exige qu’elle écrive de la dark romance, ses valeurs féministes en prennent un coup. De rage, elle décide de tuer son personnage principal, lequel se matérialise le lendemain dans son salon… Cette comédie amoureuse pose une question très intéressante : peut-on fantasmer sur des histoires d’emprise amoureuse et des mâles alpha toxiques quand on est féministe ?
Mon analyse : Déjà, le mot “féministe” n’apparaît ni sur la couverture, ni dans la quatrième, pourtant je classerais volontiers ce livre dans la catégorie des romans féministes. C’est aussi un des rares romans qui traite de ce sujet sans se projeter dans un univers imaginaire (le militantisme est très souvent l’apanage de la dystopie) mais dans un monde contemporain.
Marie, la protagoniste principale, n’est pas du tout une Mary Sue : en atteste son attirance physique pour le héros de ses romans à l’eau de rose qui ne respectent absolument pas ses valeurs féministes.
Cucul aborde le féministe de manière très frontale, sans essayer de noyer le poisson. Certes, ce n’est pas l’écriture la plus subtile qu’on peut trouver sur le sujet, mais ça se lit très facilement, c’est drôle, et à travers le book club féministe de Marie, qui lui permet de discuter de féminisme mais aussi de dark romance avec ses élèves, on est abreuvé·es de références militantes.
Est-ce qu’il passe le test du roman féministe ? Oui !
Nettle & Bone : Comment tuer un prince, de T. Kingfisher
Le point marketing : “Ce roman de fantasy féministe résiste à tous les clichés, quand il ne les dégomme pas purement est simplement avec audace et humour.” - citation de La Voix du Nord imprimée à l’arrière du livre
Genre : fantasy, conte
Le plot : “La jeune et timide Marra, dernière fille d’un souverain au royaume convoité, assiste impuissante aux mariages de ses deux sœurs avec le prince Vorling. Car, après la mort mystérieuse de l’aînée, la cadette a dû la remplacer pour tenter de donner enfin un héritier au triste sire. Quand Marra découvre l’ampleur de la cruauté du prince, elle ne peut demeurer simple spectatrice : si elle veut sauver sa sœur et empêcher le sort funeste qui l’attend elle aussi, il faut tuer Vorling. Pour mener à bien son plan, il lui faudra recruter une sorcière capable de parler aux morts et sa poule possédée par un démon, un honorable chevalier en disgrâce et une fée marraine particulièrement douée pour les malédictions.” - quatrième de couverture de l’édition Le Livre de Poche (J’ai recopié la quatrième de couverture parce que j’avais la flemme de reformuler l’histoire tellement j’en suis déçue)
Mon analyse : Pfffft. J’ai été extrêmement déçue de ce livre parce que tellement de gens s’accordaient sur son côté engagé, féministe et anticonformiste, et là tout de suite je repense à la citation mentionnée plus haut : la barre est vraiment basse.
Outre le fait que le côté “dark” et effrayant mentionné à l’avant du livre est aussi extrêmement surcoté, je pleure vraiment qu’on ose parler d’un livre féministe quand on mentionne Nettle and Bone.
Pour reprendre les mots imprimés à l’arrière du livre :
fantasy féministe : non. Certes, on mentionne que la sœur de la protagoniste se fait taper dessus par son mari, à qui elle a été mariée à des fins politiques. Ça ne dénonce absolument rien, c’est une réalité historique qu’on retrouve dans énormément de livres et autres médias qui se déroulent à l’époque médiévale ou dans un univers d’heroic fantasy. Le dire ne suffit pas à en faire un roman qui dénonce, surtout quand la victime attend d’être sauvée par sa sœur.
Le gros argument “féministe” de ce roman, c’est que, pour une fois, ce n’est pas un chevalier ou un prince qui va sauver la princesse prisonnière, mais sa sœur. Sauf que…résiste à tous les clichés, quand il ne les dégomme pas purement et simplement : non. Si la victime n’est pas sauvée par un prince (puisqu’elle doit être sauvée du prince), elle est sauvée par sa sœur… qui s’associe bien vite à un chevalier, un homme cis hétéro, qu’on nous qualifie en plus de musclé avec de beaux yeux, dix ans de plus que l’héroïne. Après deux ou trois mentions de son corps façon pub Coca Cola des années 90, on comprend que notre héroïne en est amoureuse, alors qu’au début on nous la présente comme une femme qui n’est pas très intéressée par la notion de couple ou la romance. (Spoiler : à la fin, ils ont mené leur mission à bien et décident d’aller vivre ensemble après s’être connus trois semaines.) Outre la romance inutile, c’est. le. chevalier. qui. va. sauver. la. princesse. Il y a un effort de groupe et la démarche est entamée par l’héroïne, mais pour moi ça ne suffit pas à gommer le nez au milieu de la figure (ou le chevalier baraqué au milieu de trois femmes).
Est-ce qu’on peut faire plus cliché que ça ? Parce que, en plus de ce pur cliché de la romance hétéro classique, tout le reste de l’univers est très classique aussi en terme de fantasy.audace : non. L’autrice ne se mouille absolument pas, ne questionne rien, dénonce à peine et sans rien nous apprendre de nouveau (taper sa femme, c’est mal !), c’est hyper mignon, la violence est cachée, tout se termine bien, fleurs paillettes et licornes.
On peut ajouter à ça que l’héroïne a la trentaine mais est hyper infantilisée, réagit et s’exprime comme une adolescente. Le pire, c’est que j’ai du mal à dire si elle fait figure de Mary Sue (parce que tout se passe toujours bien, elle trouve ce dont elle a besoin quand il le faut, j’ai eu l’impression de lire un conte pour enfant censé t’aider à t’endormir sur des pensées réconfortantes) ou au contraire d’incapable, puisqu’elle est tellement portée par les personnages dont elle s’entoure qu’elle pourrait être absente du récit avec le même résultat.
Est-ce qu’il passe le test du roman féministe ? Non, il n’y a vraiment rien qui va pour moi.
Eliza est féministe, de Michelle Quach
Le point marketing : le mot “féministe” est dans le titre, mais on peut aussi lire sur la quatrième de couverture “Une romance «enemies-to-lovers» où il est question de détruire le patriarcat, de féminisme intersectionnel et de bubble tea.” Une autre accroche encore, toujours à l’arrière du livre, mentionne “Une féministe ne devrait pas passer le plus clair de son temps à penser à un garçon, encore moins à CE garçon-là…”
Genre : romance
Le plot : Eliza est une étudiante américaine sino-vietnamienne (note : c’est écrit en own voice puisque l’autrice est sino-vietnamienne installée aux USA) exemplaire. Persuadée de devenir rédactrice en chef grâce à son travail acharné au sein du journal du lycée depuis des années, elle se fait détrôner par un garçon qui a rejoint le journal il y a beaucoup moins longtemps qu’elle et ne s’est jamais vraiment distingué par son engagement pour la publication. De rage, Eliza tape un manifeste pour se plaindre de la misogynie de son école sur un ordinateur public pour se défouler. Le lendemain, elle découvre qu’elle a oublié de déconnecter sa session et que quelqu’un l’a publié à sa place, alors qu’elle n’avait aucune intention de rendre ce texte public.
Mon analyse : Que peut-on attendre d’une romance étudiante qui prétend parler de féminisme, au rayon jeunesse/young adult ? J’avoue avoir presque acheté ce roman en étant sûre que j’en serais déçue. Et en même temps, en tant que féministe, je rêve de trouver les romans feel good et les romances légères qui ne me donnent pas envie de jeter mon livre de rage face aux stéréotypes, clichés sexistes et autres violences ordinaires.
Ce livre a été une bonne surprise et le terme “féministe” n’a pas été volé : ça en parle de manière frontale, mais avec un ton assez bon enfant. Si tu as vu le film Moxie, c’est un peu la même ambiance : des étudiantes s’associent pour faire entendre leur voix et dénoncer les inégalités sexistes à l’école. On voit ainsi des jeunes femmes avec des profils très différents (des artistes marginales aux filles les plus populaires en passant par les intellectuelles) s’associer, mais aussi faire tomber les stéréotypes qui les séparent en clans au lieu de les unir autour d’une même cause.
Est-ce qu’il passe le test du roman féministe ? Oui, même si certains aspects sont effleurés, je pense que c’est une bonne entrée en la matière pour son public cible.
L’année de grâce, de Kim Liggett
Le point marketing : “Une formidable dystopie féministe au croisement de La Servante écarlate, Sa Majesté des mouches et Hunger Games”
Genre : dystopie, gore
Le plot : Tous les ans, les filles de 16 ans sont envoyées passer leur Année de Grâce en huis-clos, dans les bois, dans le but de se débarrasser de la magie malsaine qui se développe en elles et revenir en ville purifiée et prêtes à être mariées ou à travailler. Cependant, il est interdit de parler de l’Année de Grâce, et tout ce que les filles savent, c’est que toutes ne reviendront pas vivantes de cette épreuve.
Mon analyse : Pour moi, c’est vraiment une catastrophe. Il s’agit effectivement d’une dystopie et on nous décrit un système sexiste et autoritariste où les hommes dominent la vie des femmes et décident de tout pour elles, jusqu’à les envoyer vers une potentielle mort pour les briser et les calmer avant qu’elles entament leur vie de femme. Cependant, si l’autrice se complait à décrire en long et en large, de manière crue et gore, les effets de ce régime, ça ne dénonce pas vraiment. Il est juste le théâtre d’une histoire.
[Attention, les paragraphes qui suivent spoilent une partie de l’histoire, mais je ne conseille pas le roman personnellement…] Le gros souci qui se pose rapidement, c’est que toutes les filles vont finir par se liguer contre la seule qui se rebelle et qui refuse les discours qu’on lui a servi depuis toujours (Mary Sue en approche… ?), elles vont faire preuve d’énormément de cruauté envers elle (version Mean Girls * 1 000, avec des haches). On est donc aux antipodes de la sororité chère au féminisme.
Mais le pire, c’est probablement le moment où le personnage féminin principal tombe amoureux d’un “braconnier”, un homme dont le job est d’enlever des jeunes filles pendant leur année de grâce pour les découper et vendre leurs organes, sauf qu’il fait une exception pour elle #NotAllBraconniers… On est à la limite du syndrome de Stockholm si cher aux dark romances quand même. Tout ça pour que finalement, après l’avoir sauvée une première fois, l’avoir soignée, l’avoir défendue, ils se sauvent ensemble et qu’elle tombe en cloque à seize ans.
Est-ce qu’il passe le test du roman féministe ? Non, pour moi c’est le pire de la sélection que j’ai analysée pour cet article, c’est vraiment se moquer du féminisme que d’oser afficher cette étiquette. (Pour être totalement transparente, j’ai arrêté ma lecture en cours de route parce que l’histoire d’amour naissante me dégoûtait, alors que je n’étais déjà pas emballée par ma lecture, et j’ai complété mes recherches par des discussions sur des forums et des sites de spoilers pour m’assurer que ça restait aussi mauvais jusqu’à la fin.)
Pas un roman féministe, mais il bousculera quand même les codes…
Mon prochain roman devrait sortir cette année, et sans pouvoir me vanter d’avoir écrit une histoire féministe, j’ai en tout cas voulu créer un roman feel good qui parle de relations amoureuses contemporaines vécues par une héroïne qui est loin d’être une Mary Sue (oh la pauvre, comme elle galère sur les applications de rencontres, que ce soit avec des hommes ou des femmes…) et questionner son besoin de vouloir être en couple à tout prix. Ça parle d’applications de rencontre, de rencards foireux, de rapports égoïstes (sans être noyé dans le smut), mais aussi d’amitiés intersexes ou encore de l’injustice du monde du travail. Et tout ça sera commenté par un chat cynique, directement inspiré du modèle que j’ai à la maison.
Tu peux recevoir l’annonce de sa sortie en t’inscrivant à ma newsletter d’autrice
Enfin, pour conclure cette liste, je t’invite à consulter et sauvegarder mon article Sélection de romans et fictions féministes, une liste de titres que je mets à jour dès que je découvre un nouveau livre de fiction que je trouve légitimement féministe. Je peux mentionner entre autres le très dérangeant Le pouvoir de Naomi Alderman, ou encore des titres de nature writing qui se penchent sur le corps des femmes et la sororité comme Dans la forêt de Jean Hegland, ou Hexa de Gabrielle Filteau-Chiba.
Sur mon blog, tu trouveras également des sélections d’essais féministes, ou encore de manga engagés et/ou inclusifs.





J'ai beaucoup aimé Le Pouvoir de Naomi Alderman. Je confirme : c'est dérangeant et les questions que cela pose bousculent !
Je suis d'avis que ça prend beaucoup de nuances pour écrire un bon roman féministe.
L'un des écueils auquel sont souvent confrontées les histoires est effectivement de vouloir présenter des personnages forts, qui ne présentent aucun problème à relever les défis du patriarcat. Et contrairement à ce qu'on voudrait bien nous faire penser, ce n'est pas inspirant, c'est décourageant. Je préfère lire comment un personnage réagit en étant confronté au patriarcat, qu'il fasse des erreurs ou qu'il réussisse.