Me priver de me jeter dans une nouvelle passion passagère me rend-il malheureuse ?
Ou est-ce que je ne me jette pas dans une nouvelle passion passagère parce que je suis malheureuse ?
Ma vie a toujours été rythmée par des idées farfelues qui se transformaient rapidement en obsessions, par des ambitions rocambolesques et par un œil qui louche régulièrement vers la nouveauté.
(Il y a un an, j’ai appris que ça s’appelait un TDAH.)
Cet émerveillement sans cesse renouvelé et cet intérêt pour à peu près tout ce qui m’est inconnu m’apporte des périodes de félicité (entre six mois et un an, selon ma propre expérience) suivies d’un creux de la vague (je suis nulle, je n’arrive pas à maintenir l’effort, je suis une girouette) jusqu’au nouvel objet brillant qui me distrait jusqu’à devenir ma nouvelle lubie.
J’ai essayé de lutter pendant longtemps, et je pense que j’ai réussi. (Ou alors j’ai perdu cette flamme parce que je suis en burn-out, ou burn-out autistique, ou burn-out TDAH, mais le désert psycho-médical dans lequel on vit ne nous le révèlera pas.)
Quand le minimalisme est devenu ma passion du moment (j’en parle encore dix ans plus tard, donc c’était pas si passager, même si j’ai dépassé ma période “je lis dix livres sur le désencombrement par mois”), j’ai fini par débarquer dans l’univers du désencombrement mental.
Sans savoir pourquoi à l’époque, ça a apporté une tonne de réponses à des manques ou des problèmes que je subissais. J’avais enfin le choix de ne plus vivre avec l’esprit encombré !
En me passionnant pour le minimalisme matériel et mental, j’ai vite conclu qu’avoir des passions passagères, c’était mal. Ça fait acheter plein de choses dont on n’a pas besoin, ça remplit de l’espace mental, ça prend du temps… J’avais enfin trouvé une théorie qui faisait écho aux reproches extérieurs (à peine) dissimulés quant à mon inconstance, au fait que “j’abonne toujours” ce que j’entreprends, que je n’arrive pas à me fixer…
Sauf qu’aujourd’hui, je suis plus informée, je bénéficie de beaucoup de recul sur toutes ces idées, et je souffre d’une humeur en dents de scie. Je me pose donc une question cruciale.
Si c’est le propre des gens atteints d’un TDAH de se passionner pour de nouvelles choses régulièrement, est-ce que ça ne participe pas à leur bonheur, finalement ?
Je dirais même, n’est-ce pas un besoin viscéral et vital ?
(Je parle de TDAH mais c’est aussi caractéristique de beaucoup de personnes qui ont un haut QI ou qu’on qualifie encore de “multipotentielles”, et je pense que ça peut aussi s’exprimer, quoique un peu différemment, chez les personnes dans le spectre autistique. Et même si tu n’as aucune étiquette mais que tu te sens concerné·e, cette réflexion peut aussi te parler.)
On donne des conseils (et des pilules, parfois) pour se canaliser, moins s’éparpiller… mais le faut-il vraiment ?
Ça fait un moment que j’ai du mal à me laisser aller à une nouvelle passion passagère (d’ailleurs, je ne sais jamais à l’avance si ça va être passager ou durer, mais je pars avec des a-priori sur moi-même), et je sens que ça tire mon humeur et mon bien-être vers le bas.
Comme je le mentionnais plus haut, je ne sais pas si j’ai perdu cette étincelle parce qu’il y a quelque chose de sous-jacent à soigner, ou si je n’arrive pas à sortir de mon état parce que je ne m’accorde plus ce plaisir simple de me lancer dans n’importe quoi qui attire mon regard, sans penser d’entrée de jeu aux “conséquences” (argent gaspillé, efforts qui ne paient pas, abandon…).
C’est une boule de neige boueuse : je n’emmagasine pas d’énergie en m’autorisant à devenir obsédée par ma nouvelle lubie, du coup mon désintérêt général grandit, et donc je n’ai plus la motivation de mettre de l’énergie dans quelque chose de nouveau…
Y’a un couac, quoi.
Lâcher prise sur le self-control et la déconsommation
J’ai toujours la volonté de consommer intelligemment et de ne pas retomber dans mes travers de jeune femme qui collectionnait les vêtements et le maquillage sans réfléchir aux implications. Ce n’est plus moi. Mais aujourd’hui, je décide de me donner la largeur de me planter et de faire de mauvais achats.
(petite histoire un peu hors sujet mais pas totalement)
Il y a quelques semaines, pour mon anniversaire, mon mari envisageait de m’offrir un mousseur à lait, et ça m’a paralysée pendant plusieurs jours, je n’arrivais pas à juger si j’allais l’utiliser suffisamment, si ça serait un achat rentable et justifié, et si et si et si… Est-ce que je ne suis pas en train d’encombrer mon espace mental avec toutes ces questions finalement ?
Alors, pour une fois, je me suis dit “hé merde !”, et je me suis laissé offrir un mousseur à lait. (Plot twist : mon mari l’utilise autant si pas plus que moi. Pour combien de temps ? Nos TDAH nous le dirons.)
J’ai “craqué” en sachant pertinemment que je n’avais aucune garantie que ça me plairait, que je l’utiliserais effectivement, pendant combien de temps… mais j’ai accepté que cet objet me ferait peut-être plaisir pendant quelques mois, quelques années, et finirait peut-être ensuite dans un placard, ou revendu, mais que pendant un moment au moins, la nouveauté m’aura fait plaisir, et j’aurai pu tirer satisfaction de mon obsession alimentaire temporaire.
On ne se connaît pas encore ? Je suis Florence, une humaine un peu marginale qui passe beaucoup de temps à écrire. Ici, je cogite sur des sujets tels que la déconsommation, la culture pop et les livres, les chats, la société et les inégalités, la neurodivergence et la déconstruction de tout ce qui m’ennuie dans notre monde. Et j’aime râler.
PS : Si tu aimes ma plume, j’écris aussi des romans !
J’ai décidé de me lancer
Depuis que j’ai arrêté de travailler, j’écris, principalement. Je travaille sur mon prochain roman, et c’est une passion ingrate pour quelqu’un qui a besoin de wins réguliers et de se voir avancer. Certes, les chapitres s’alignent, mais je ne ressens jamais cette satisfaction de la tâche rondement menée. Écrire des articles ici et sur mes blogs est plus tangible, mais ça reste flou, en suspension dans la masse d’autres articles que j’ai déjà écrits.
Alors que les passions passagères, c’est de la satisfaction directe. C’est se voir rapidement évoluer sur un nouveau sujet. C’est de l’énergie en barre.
J’ai donc décidé de m’offrir une tablette pour dessiner sur ordinateur, alors que ça fait des années que je repousse cette envie et que je ne sais absolument pas si je vais réussir à tenir assez longtemps pour y arriver. Je m’autorise à tester, à ne pas aimer, et à abandonner.
(Mais si je pouvais m’accrocher et évoluer ça me ferait plaisir. Et alors ça deviendrait une passion longue et il faudrait que je me trouve une nouvelle marotte. La routine.)
Cette décision est à peine rationnelle, ce n’est pas le meilleur plan pour mon budget, et si je m’empêche de sauter le pas, elle finira par se ré-enterrer à l’arrière de ma tête pendant quelques années probablement. Mais à force de contrôler chaque envie sur base d’une check-list morale, je m’éteins.
Je pense toujours qu’on peut se laisser aller à l’obsession temporaire sans surconsommer
Plutôt que de tenter de limiter ses pulsions, je pense qu’il faut surtout consommer en prenant en compte cet aspect de notre personnalité. Plutôt que de le faire taire, on devrait le développer de manière à ce qu’il ne nous cause pas de désagréments.
Et ça passe entre autres par une vision minimaliste de nos achats. Un défaut récurrent des personnes TDAH est de balancer plein d’argent dans leurs hobbies, de collectionner plutôt que de faire, puis de tout arrêter. Et là, la culpabilité frappe, et pour les personnes précarisées, la taxe TDAH s’ajoute à la honte d’avoir craqué.
Attention, les personnes souffrant d’un TDAH peuvent avoir une tendance à l’achat impulsif voir compulsif car l’acte d’achat délivre une dose de dopamine, c’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas non plus relâcher toute vigilance à ce sujet.
Plutôt que de caser toutes mes idées dans un tableau Trello pour vérifier qu’elles me collent encore à la peau quelque temps après, j’ai envie de trouver des manières de me passionner qui ne se résument pas à accumuler.
Aller à la bibliothèque pour chercher tous les livres sur un sujet, regarder des reportages et écouter des podcasts. Rédiger mes propres résumés, sur un blog ou dans un carnet. Rejoindre des forums pour en discuter.
Me lancer dans un loisir manuel et créatif avec le matériel minimum, un crayon et des feuilles de récupération plutôt qu’une mallette complète de crayons de couleur.
Écrire des carnets, des zines, des blogs… sur tout ce qui me passe par la tête.
Louer ou emprunter du matériel pour m’essayer à un nouveau hobby, avant de savoir si ça va durer (surtout si le matériel n’est pas transférable à une autre discipline).
Rejoindre des cours ou ateliers pour ne pas devoir apprendre seule et acheter mon propre matériel.
Et oui, parfois, un loisir se traduira par quelques achats. Et oui, parfois, ces objets ne feront que transiter dans ma vie.
Mais il faut aussi que j’arrête de penser que me priver de tout permettra de compenser pour les personnes qui participent à la société de surconsommation et qui glorifient même ce type de comportent sur les réseaux sociaux. (Et ça, c’est un sujet pour un autre jour…)
On en parle en commentaires ?
Lire aussi :
Pourquoi on cherche autant à savoir si on est normal·e ?
(D’ailleurs, je remarque que, naturellement, j’écris un titre en “on” au lieu d’utiliser le “je”, parce que j’espère que cette expérience est universelle et que je ne suis pas seule à la vivre. Ah là là, les mauvais réflexes ont la vie dure.)
Au fait, je vous ai parlé de mon roman ?




Bel article, cela me parle aussi cet incessant balancier entre le contrôle et le laisser aller... je choisis de mr laisser vivre
Moi je crois que tu es une artiste, une créative ! Si tu t'éclates là-dedans, c'est génial ! Si en plus tu as les moyens de le faire, que demande le peuple ! Après, la vie est pleine de contraintes, c'est la condition humaine que de devoir batailler pour obtenir ce qu'on veut, même si c'est plus de carnets et de crayons!!! Heureusement que Madonna s'est laissée aller à acheter toutes ces robes sublimes, ou Picasso à peindre encore et encore ! Autre chose : la contrainte, quelle merveille pour l'artiste, quel outil indispensable au développement de l'imaginaire ! Avoue qu'on préfère traiter un sujet du type: écrivez 1 page sur le thème des troubles mentaux des adolescentes françaises au 21 ème siècle plutôt que "sujet libre". Si la meilleure contrainte c'est celle du soin de ton environnement en évitant le gaspillage, donc en étant plus efficace, soit! J'y vois pas seulement des aspirations morales mais également un biais de productivité obligée liée à notre culture occidentale de la compétition. On peut aussi voir les choses d'un point de vue marxiste en se disant qu'on développe les forces productives locales 😅 Je te laisse, je vais travailler à ma propre obsession, convaincre les gens de ma liste de voter Mélenchon aux présidentielles pour pouvoir continuer de penser et de créer librement, dans un monde en paix. Tu veux être sur ma liste ? 😁