Les "bonnes" difficultés et les "mauvaises" difficultés
Comment savoir quand les difficultés sont bénéfiques ou quand elles nous signalent qu'il faut partir.
Ces derniers mois, j’ai énormément cogité sur le principe de “right kind of hard and wrong kind of hard” (on va avouer que ça claque mieux en anglais). Concrètement, comment savoir quand il faut tenir bon face à des moments compliqués, des obstacles, des étapes difficiles… ou quand il faut arrêter ce qu’on fait parce que ça ne mène à rien (et qu’on se fait du mal).
On m’a inculqué la valeur de la ténacité, et je suis sûre que je ne suis pas seule dans ce cas. Tenir bon même quand on peine, c’est fortement valorisé. C’est vrai, rien n’arrive sans suer, donc c’est normal de continuer même quand ça devient vraiment pénible, non ?
Non.
Est-ce qu’on n’en serait pas arrivé à mélanger un peu deux choses différentes ?
D’une part, oui, ça vaut le coup de persévérer même quand on galère, quand c’est dans le but d’atteindre quelque chose qu’on veut vraiment (= right kind of hard, les bonnes difficultés).
Cependant, cela ne signifie pas que, à chaque fois qu’on fait face à des difficultés, il faut s’accrocher et continuer dans la même voie (=wrong kind of hard, les mauvaises difficultés).
Les bonnes difficultés
Ça vaut la peine de faire des efforts quand on a envie d’apprendre quelque chose de nouveau et qu’on ne le maîtrise pas dès les premières heures, quand on veut faire fonctionner une relation et qu’on sait que l’autre y met autant du sien que nous, quand on aime son travail et qu’on a assez confiance en son environnement pour savoir que nos efforts seront vus et récompensés, quand on trime pour économiser pour un projet qui nous tient à cœur.
Évidemment que quitter la moindre chose dès qu’un obstacle se dresse ou qu’il faut fournir un effort soutenu ne mènera nulle part. Très peu de choses importantes à nos yeux nous seront disponibles sans fournir le moindre effort.
Cependant, si on dépense son énergie dans les mauvaises choses, on en a moins pour investir dans ce qui peut avoir un impact positif dans notre vie.
Les mauvaises difficultés
Mon problème, c’est que j’ai toujours eu l’impression qu’il fallait que je ne lâche rien, qu’arrêter quelque chose s’apparenterait à un échec dans tous les cas.
Pire, je pense que dans la majorité des cas, je n’essaie même pas de me prouver quelque chose à moi-même : je le fais parce que j’ai l’impression que les autres m’observent et sont prêts à se moquer de mes tentatives infructueuses.
“Je dois leur prouver que je peux le faire !” (Pourquoi ?)
Il y a quelques années, j’ai entrepris une reconversion professionnelle, je suis retournée à l’école à l’aube de mes 30 ans, j’ai appris un métier totalement inconnu, j’ai vraiment sué, j’ai beaucoup douté. Je me suis accrochée, et je suis contente d’avoir été au bout des choses. Ça ne s’est pas toujours bien passé et j’ai été très impactée émotionnellement par moments, mais je considère toujours que c’était une bonne difficulté, avec le recul.
Suite à cette reconversion, j’ai donc changé de métier, j’ai adoré le cœur de mon nouveau métier et j’étais stimulée intellectuellement, pleine d’ambition, mais honnêtement, je n’ai jamais trouvé ma place.
Je me suis accrochée principalement pour des mauvaises raisons : j’avais l’impression de devoir prouver que je méritais cette place, je pensais que tout le monde me jugerait si je ne réussissais pas dans cette nouvelle carrière, et j’avais investi cinq ans de soirées et de weekends à apprendre ce nouveau métier donc je ne voulais pas gâcher ce sacrifice.
J’essaie de ne jamais rien regretter, mais en regardant en arrière, je pense quand même que j’ai persévéré pour de mauvaises raisons, et que je me suis causé plus de tort que de bien.
Le côté vicieux de cette manie de persévérer coûte que coûte, c’est qu’elle empêche de prendre du recul : j’aurais peut-être pu trouver ma place en revoyant le type d’entreprise, de projet ou de métier dans lequel je voulais évoluer (ou peut-être pas d’ailleurs), j’aurais au moins pu analyser ce qui posait problème dès le début pour changer quelque chose avant de m’embourber.
Pourtant, le fait de savoir abandonner à temps, un travail, un projet ou une collaboration, est une qualité aussi importante que la persévérance et la constance dans la poursuite d’une activité. En fait, il n’est pas matériellement possible de continuer tout ce que l’on commence. Savoir choisir ce qui mérite d’être abandonné et ce qui vaut la peine d’être continué, ce sont les deux faces d’une même médaille.
Savoir arrêter, plutôt que de persévérer dans l’erreur : la vraie clé du succès (Welcome to the jungle, 6 avril 2023)
Mais j’avais un seul projet en tête : “réussir”, selon le plan tracé depuis le moment où j’ai entrepris ce changement de carrière.
Les bonnes difficultés = parce que la chose en question est difficile, complexe. Les mauvaises difficultés = parce qu’on s’évertue à faire la mauvaise chose.
C’est franchement compliqué de prendre le recul nécessaire face à chaque situation difficile pour savoir ce qui nous motive à continuer : une vraie envie, une réelle nécessité, ou une peur d’être perçu·e comme un·e perdant·e.
La première étape, quand on se sent au bout du rouleau (ou idéalement, avant d’en arriver là), c’est de se demander, franchement, honnêtement, pourquoi on continue dans cette voie si c’est si difficile.
Si la réponse est “parce que xxx a des attentes envers moi”, “parce que yyy va me juger si j’arrête”, “parce que j’ai déjà investi tellement que je ne peux pas arrêter là”, “parce que rien n’est facile dans la vie, c’est normal de devoir faire des efforts”… c’est mauvais signe. (“des efforts” c’est pas finir en dépression ou mettre sa santé en péril, et c’est consenti et temporaire)
Les autres red flags à surveiller :
ta santé mentale et/ou physique en pâtit,
tu n’arrives plus à trouver de moments de joie et de sentiments de réussite dans ton “projet”,
tu continues à fournir des efforts et tu cours après une récompense qui s’éloigne à chaque fois,
tu ne sais même pas/plus pourquoi tu fais ce que tu fais,
tes frustrations se répercutent sur les gens que tu aimes,
tu n’arrives plus à éprouver de la joie et/ou de la tranquillité d’esprit en dehors des heures consacrées à ce “projet”.
Ça aide aussi d’accepter que quitter quelque chose ou quelqu’un, arrêter quelque chose, et même abandonner, ce n’est pas un échec, mais une expérience qui permet d’avancer vers ce qui nous convient mieux, maintenant.
Merci d’avoir lu cet article !
La publication The Flonicles - Le salon de thé est gratuite aujourd’hui, et j’aimerais qu’elle le reste, pour rendre mon contenu accessible au plus grand nombre. Si tu aimes mon travail et que tu peux te le permettre, tu peux me soutenir en faisant un don unique ou mensuel via Buy me a coffee, quelle que soit la somme. Tous les gestes comptent. 🧡
Un peu plus de lecture
On peut arrêter ce qu’on a commencé et c’est ok !
Reprendre ses études en étant adulte
Inconfortable mais libérateur : comment oser le changement
Savoir arrêter plutôt que de persévérer dans l’erreur : la vraie clé du succès
Persévérer ou laisser tomber ? Comment savoir avec la méthode “Et dans 10 ans ?”
Photo : Pexels



Se poser toutes ces questions est-il un luxe ? Dans mon quotidien à France Travail, il serait parfois plus simple de lister ce que je n'ai pas fait !