Garder la motivation de trier ses déchets et d'économiser l'eau alors que tout le monde s'en fout
Comment rester motivé·e à faire des choses pour l'environnement quand le monde est déjà en train de brûler. Non, vraiment, je vous le demande.
C’est de plus en plus difficile de ne pas ressentir de l’abattement, de plus en plus difficile de savoir pourquoi on fait tous ces petits gestes pour protéger l’environnement et économiser les ressources.
Ce matin, un·e fonctionnaire de ma ville a publié un message sur Facebook qui aurait pris dix minutes à taper (et encore, en considérant une personne qui ne connaît pas les raccourcis clavier pour copier/coller). Cette personne a oublié d’enlever la partie du message qui montre clairement qu’elle a utilisé une PUTAIN d’IA générative pour taper ce message.
Le plus ironique, c’est qu’il s’agit d’un message qui parle de coupure d’eau. Eau qui a été gaspillée en masse pour publier ce minuscule post. J’espère au moins que les cinq minutes que cette personne a gagnées à prompter au lieu de taper vont être bien utilisées pour améliorer la qualité de vie des citoyens. (Je n’espère pas, bien sûr, c’est une blague.)
Et qu’est-ce que ce ça m’a énervée… Si ça m’a autant enragée, c’est que ce type d’événement n’en est même plus un : c’est devenu la routine. Tous les jours, je ne vois plus passer que des affiches dégueulasses et autres illustrations à gerber générées avec de l’IA, alors qu’on a très bien pu s’en passer avant.
Il ne s’agit pas que de l’IA générative, évidemment. Il s’agit de toutes les conneries décidées par Trump pour asseoir la dépendance envers le pétrole, de Musk qui envoie des stars en manque d’émotions dans l’espace...
Mais, plus près de nous, il s’agit de nos gouvernements, des entreprises, mais aussi des gens qui nous entourent, qui continuent d’ignorer ces problèmes superbement.
J’ai l’impression qu’on s’enlise dans un ras-le-bol, où les effets ne sont pas tangibles et où on a fini par accepter que la race humaine avait entamé son extinction. Alors YOLO, autant profiter sans penser.
(Ce qui est marrant c’est qu’il y a encore beaucoup de gens qui scandalisent la décision de ne pas avoir des enfants, au nom de la pérennité de l’humanité, mais ce sont souvent les mêmes personnes qui pissent sur l’écologie en niant le fait que leurs enfants vont très probablement essuyer les conséquences du réchauffement climatique.)
J’ai le sentiment qu’on nous endort. Qu’on nous bombarde de tellement d’informations inutiles et affligeantes qu’on oublie où sont les vrais combats. Que c’est plus confortable pour beaucoup de fermer les yeux et de ne faire aucun effort. Ou encore qu’on veut nous signaler qu’on a déjà perdu et que toute résistance est inutile.
Alors qu’on annonce 37°C à la fin de la semaine, au moment où j’écris ce post (en juin), que le réchauffement climatique s’accélère, comment continuer à se motiver à chercher la bouteille de shampoing avec le plus petit ratio plastique/shampoing, ou a acheter du circuit court bio, quand on pourrait consommer quatre fois plus pour le même prix au supermarché ?
J’aimerais me dire que, moi aussi, je m’en fous. Après tout, je n’aurai pas d’enfant, je ne laisserai aucune descendance sur terre pour pâtir des dérèglements climatiques (et le reste) à venir.
Mais je n’arrive pas à abandonner. Tel Don Quijote, je continue à me battre contre des moulins, et je le fais quasiment seule (du moins, c’est le sentiment). Alors, j’essaie de trouver un peu de réconfort où je peux, pour justifier mon entêtement à résister.
Avoir le sentiment de faire les choses bien
Mon principal problème étant que mon sens de la justice fait partie de moi et que je ne pense pas pouvoir m’en défaire, et bien il faut travailler avec lui et pas contre lui. Certes, certains jours, il me déprimera.
Mais le reste du temps, quand je suis fière de ce que je mets en place, quand j’atteins un nouveau palier, quand je vois des résultats, même à un niveau très local, voire individuel, c’est une source de satisfaction personnelle.
Me sentir droite dans mes bottes est primordial, alors quitte à encaisser le stress que ça occasionne, je dois aussi trouver comment ça peut me faire du bien.
Ça fait quand même économiser
Même si on dépense plus en nourriture, parce qu’on achète une partie de nos produits dans une coopérative locale, on s’y retrouve dans de nombreux autres postes de dépense, en consommant moins et/ou plus intelligemment. Tout ça sans vraiment nous compliquer la vie.
Ne pas démotiver celles et ceux qui y croient encore
Si on baisse tous et toutes les bras, on risque d’être le domino qui entraîne les autres. Alors, oui, il faut parler des choses telles qu’elles sont, il faut s’indigner (je parlerai de l’importance de râler dans un prochain post), mais tenir bon et trouver des moyens de continuer, c’est aussi inspirer les autres ou au moins les aider à se sentir moins seuls dans ce mouvement.
On essaie de nous endormir, et ça m’enrage
Les discours démoralisants ainsi que les décisions de plus en plus absurdes des autorités et des entreprises sont là pour nous forcer à rentrer dans le rang en endormant notre esprit critique, notre espoir et notre motivation.
Par exemple : si on nous dit qu’il est difficile d’obtenir un bon travail, on acceptera plus facilement de mauvaises conditions et un salaire bas. Si on nous répète sans cesse qu’on ne peut rien faire contre le changement climatique, on se met à acheter des babioles pas chères qui vont nous donner un shot de dopamine ou à prendre des vols low-cost pour oublier la réalité quelques jours, parce que autant en profiter tant que l’air est encore respirable, foutu·e pour foutu·e...
Ça m’enrage de me rendre compte qu’on tente de nous manipuler de la sorte, et ce que je peux faire de cette rage, c’est me morfondre, ou tenter de rallier plus de personnes à la cause en m’exprimant, ou mettre en place des actions.
Par ailleurs, la justification systémique du problème peut assez facilement glisser vers du whataboutisme qui ne fait avancer personne type "pourquoi je ferais X alors que les autres là bas font Y" et cette spirale est probablement le réflexe le plus dangereux qui soit pour nos sociétés habituées à l'abondance (oui, même chez les pauvres) et qui commencent à ne plus l'avoir.
Sur Reddit : discussion “On surestime massivement les gestes individuels en écologie”
L’individuel fait partie d’un collectif
Depuis plusieurs années, on n’arrête pas de nous dire que les gestes individuels ne servent à rien, parce que la responsabilité se situe dans les mains des entreprises et gouvernements.
Et je suis à la fois d’accord et pas d’accord. Pour commencer, je ne pense pas que quoi que ce soit ne “serve à rien” du tout. Par exemple, je ne pense pas que toute la biodiversité que j’entretiens dans mon jardin1 ne serve à rien juste parce que tous mes voisins ont un jardin qui ressemble à un green de golf (les animaux qui vivent dans mon jardin ne diront pas le contraire).
Ensuite, si les gouvernements et les entreprises continuent à faire ce qu’ils ont toujours fait, c’est parce que le peuple suit le mouvement.
Il faut beaucoup d’individus pour créer des communautés et des collectifs, qu’ils soient organisés ou pas. Or, si on arrête, si on ne fait plus rien, on se déconnecte de ce collectif, et on perd l’habitude de se bouger pour les causes qui nous tiennent à cœur.
tu confonds “ça sert à rien” avec “ça ne suffit pas”
Sur Reddit : discussion “On surestime massivement les gestes individuels en écologie”
La question est loin d’être réglée, et même si j’essaie de trouver la motivation où je peux, c’est dur ! Si tu as d’autres motivateurs à partager, ou que tu as trouvé un moyen d’être moins déprimé·e par le manque d’actions et de résultats, j’aimerais les connaître. On n’en a jamais trop !
Continuer sur le sujet
Dans le passé, on boycottait des modèles d’oppression, aujourd’hui, on déplace juste notre pouvoir d’achat d’une entreprise à l’autre, ce qui crée de nouvelles opportunités commerciales plutôt qu’une véritable pression sur le système en place.
Cette discussion sur Reddit, en français, “On surestime massivement les gestes individuels en écologie”, car le débat amène des questions et réponses intéressantes. Par exemple, l’action individuelle n’est pas suffisante, mais pas inutile pour autant, et s’inscrit dans une démarche globale.
Sur le même groupe francophone, une autre discussion qui aborde la déprime et l’anxiété face au manque d’actions et de résultats.
Merci d’avoir lu cet article ! Retrouve plus de recommandations d’articles plus bas…
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