Est-ce que le partage équitable des tâches est un objectif réaliste ?
Je cogite sur la répartition des tâches ménagères et les difficultés qu'elle entraîne.
Pourquoi le partage des tâches ménagères est encore si souvent synonyme de tensions au sein d’un couple ou deux deux personnes qui partagent un logement ? Est-ce utopique de penser qu’on peut partager de manière équitable cette charge mentale et physique ?
Depuis quelques temps, je me sens moins en conflit concernant la répartition des tâches ménagères. Parce que j’ai accepté* que c’était utopique de vouloir répartir parfaitement la charge entre les deux personnes qui occupent mon logement.
(*accepté, pour moi, dans ma situation actuelle. Ça ne veut pas dire que personne n’y arrive, mais vu que c’est un sujet de plainte récurrent, je pense que peu de gens atteignent cet équilibre parfait.)
Non mais tu vois pas cette tache ?
En tant que féministe, ça m’a toujours irritée d’être celle qui voit toujours la tache au milieu du parquet, le truc qui traîne sur la table alors qu’il a une place attribuée dans un tiroir, etc.
Du coup, j’ai longtemps adopté la technique classique : pointer du doigt le problème après l’avoir ignoré pendant plusieurs jours, en espérant que l’autre personne y fasse quelque chose pour une fois.
Ça finit toujours en dispute ces histoires.
On peut se poser deux questions par rapport à ça :
1. Est-ce de la mauvais volonté de la part de l’autre personne ?
J’avais tendance à penser que oui, avant. Maintenant, je n’en suis plus très sûre. (Cependant, il y a certainement des gens pour qui c’est le cas, tout le monde n’est pas gentil et bien intentionné.) De manière innée ou acquise, certain·es d’entre nous ont une sensibilité plus élevée à ce genre de choses.
Par exemple, j’ai remarqué que mon partenaire ne se rend pas compte si je place un nouveau cadre dans la maison, que je déplace des objets… alors que moi, je remarque le moindre changement dans une pièce dès que j’y pénètre. J’ai donc réalisé que ce n’était peut-être pas un “problème” lié au ménage, ni un comportement volontaire, d’ “ignorer” l’objet qui n’est pas à sa place, ou la tache au milieu du salon.
La vision de ce qu’est une maison “propre/sale” et “rangée/en désordre” est propre à chaque personne !
Alors, oui, ça fait chier, parce qu’il y a de fortes chances que, pour beaucoup de femmes, cette “sensibilité” soit acquise, alors qu’on n’embête pas les garçons avec des détails du genre.
Il y a de fortes chances pour que tout ça soit une question d’éducation et d’attentes sociales genrées. (Oui, je sais, not all men, il y a des femmes souillon et des hommes maniaques. Et ce problème se pose aussi dans les couples homosexuels. But…)
Cependant, on en est là, aujourd’hui, entre adultes, à devoir gérer une maison au quotidien. D’où la question suivante.
2.Est-ce qu’on peut vraiment faire changer les gens et leur rapport au ménage ?
Sous-entendu, dans une mesure suffisante pour être satisfait·e du résultat.
Moi, je me rends compte que le temps que je passe à essayer de pousser l’autre à maintenir mes standards, je pourrais l’attribuer à des choses utiles ou à des choses agréables (ou les deux en même temps quand c’est possible).
Surtout, je n’ai aucune envie de jouer le patron des tâches ménagères, je ne suis pas sûre qu’en termes de charge mentale, ça soit mieux que de s’en occuper soi-même.
Avant, j’avais l’impression que c’était la chose à faire. Maintenant, je n’ai plus envie de ces conflits. Et surtout, je n’ai jamais vraiment vu de résultats (et j’ai habité avec plusieurs personnes au cours de ma vie, ce n’est donc pas une observation isolée).
Alors, la première chose que j’ai faite, c’est de lâcher du lest, et d’avoir des objectifs moins ambitieux concernant l’entretien de la maison. Il y a la vision de rêve, il y a l’insalubrité, et entre ces deux extrêmes, plein de versions qui fonctionnent très bien. En ayant des attentes plus réalistes, je me mets aussi moins de pression sur les épaules.
Mais le changement le plus important, dans mon état d’esprit, c’est le suivant :
La charge du ménage, ce ne sont pas que les tâches ménagères
J’ai accepté de troquer de la charge “tâches ménagères” contre d’autres charges. Quand j’endosse un rôle, que je prends des tâches à ma charge, c’est parce que 1) elles sont importantes pour moi (je vais donc être motivée à les faire) et/ou 2) je suis bonne dans ces tâches.
Plutôt que de considérer uniquement la charge “tâches ménagères” comme une entité à partager parfaitement en deux poids égaux, j’ai considéré les choses sous un plus grand angle.
J’accepte de m’occuper plus de la maison, la gestion administrative (c’est grâce à moi qu’on retrouve un document en cinq minutes, et oui, j’en suis fière), et du suivi médical du chat. Je suis aussi celle qui investit le plus de temps dans l’organisation de nos voyages et qui pose les bases. De plus, je mets en place des solutions pour gérer ce qui ne fonctionne pas très bien (par exemple, des méthodes pour arriver à mieux suivre les tâches ménagères, des rappels, des to-do lists…).
Oui, en tant que féministe, ça me démange beaucoup d’avoir endossé le rôle de ménagère typique. Mais je peux continuer à me prendre la tête au quotidien ou pour une fois me foutre la paix et faire ce qui fonctionne.
D’un autre côté, c’est mon partenaire qui passe la plupart des appels aux entrepreneur·es du bâtiment, qui fait les courses, et il n’a aucun problème à apprendre ce qu’il y a à apprendre pour faire les travaux manuels dans la maison pour lesquels on peut se passer de professionnel·les.
Et si c’est moi qui m’occupe des idées d’agencement du jardin, j’ai parfois besoin de lui pour soulever des choses trop lourdes pour moi par exemple.
Pour les charges temporaires, on s’arrange en fonction notre charge existante à ce moment-là, ou si on a l’impression de devoir rééquilibrer un peu. Par exemple, je me suis occupée des dossiers de demandes de prime à la rénovation pour notre maison puisque c’est toujours à lui qu’incombent les tâches liées aux travaux dans la maison habituellement (et pour moi c’était plus facile à gérer car c’était limité dans le temps).
Les capacités de chacun·e
Enfin, il est important de se rendre compte que chaque personne a une capacité différente (et que capacité et capabilité ne sont pas la même chose).
Cette capacité varie dans le temps. Je sais que la mienne est lourdement impactée par mon cycle hormonal par exemple, mais d’autres éléments comme des soucis au travail ou familiaux, une déprime passagère, un problème de santé… peuvent avoir une influence là-dessus.
Dès lors, trouver la parfaite balance est quasiment impossible. Même si deux membres d’un ménage ont la même sensibilité pour le ménage et les mêmes capacités physiques, ce n’est pas pour autant que les deux peuvent partager de manière égale les tâches sans s’épuiser.
Il faut donc viser le partage équitable, qui prend en compte les particularités des gens, leurs forces comme leurs limites.
En résumé, comment on partage équitablement les tâches ?
Voici quelques conseils, mais je pense que l’étape fondamentale, c’est de s’accorder ensemble sur ce qui semble équitable et juste, et réaliste. Je pense que, si on simplifie, une charge partagée de manière équitable, c’est une charge où personne ne se sent lésé·e. Et cette recette n’est pas universelle.
On réfléchit à tout ce qu’un ménage implique, tous les gestes nécessaires, toutes les démarches, toute la charge… et on considère tout ça lors du partage des tâches.
Tu en fais ce que tu veux, mais c’est plus efficace de faire des choses qu’on apprécie, qui nous motivent ou pour lesquelles on est bon·ne, que des choses qu’on doit se forcer à faire à contrecœur.
Pour les choses pénibles pour tout le monde, on partage simplement, mais en prenant quand même en considération la capacité de chaque personne.
Ceci n’est évidemment pas une forme d’excuse pour qu’une personne du ménage reste les pieds sous la table pendant que l’autre s’épuise. De même, changer une ampoule une fois par an ou marcher 10 mètres pour sortir les poubelles ne vaut pas 10 heures de ménage par mois…
Travailler à temps partiel ou en freelance ne veut pas dire qu’on est plus disponible pour effectuer des tâches ménagères (sauf si ça a été décidé en aval et que les deux membres du ménage s’entendent sur ce point et ce que ça veut dire concrètement).
Finalement, quand on n’arrive pas à gérer la charge globale ensemble, il existe toujours des solutions pour déléguer.
Aller plus loin
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Sujets mentionnés dans l’article :
Comment j’organise mes voyages toute seule sans agence (oui, même un mois au Japon !)
Diviser le ménage en tâches courtes, ma recette pour rendre l’entretien de la maison moins pénible



