Est-ce que "avoir une vie sociale" signifie nécessairement "avoir des ami·es" ?
Ces derniers temps, je me suis questionnée plusieurs fois sur mon rapport à la "vie sociale".
Jusqu’à récemment, j’étais persuadée que j’étais défectueuse parce que j’étais infoutue de me refaire des ami·es. Je pensais que, quand je participais à des événements, je devais absolument faire en sorte de nouer des relations qui persisteraient en dehors de ce moment.
Pas encore tout à fait rassurée, pas très sûre de savoir quoi faire de mon passif d’amitiés qui se sont fanées sans que j’aie l’impression de pouvoir contrôler quoi que ce soit, j’ai cependant commencé à repenser ma notion de “vie sociale” récemment.
Une petite parenthèse avant la suite : je tenais à remercier Jeanne du podcast Plot Twist qui a acheté mon roman Big Universe (lien en bas de page) à la Foire du livre de Bruxelles cette année et qui en a parlé dans un épisode récent dédié à des lectures autour des réseaux sociaux.
D’ailleurs, je ne parle quasiment jamais de l’écriture de mes romans dans cette newsletter, et je me demande si c’est quelque chose qui vous intéresserait ou pas du tout, et si oui, quel(s) aspect(s) en particulier ? Et voulez-vous que j’annonce les salons où je dédicace ?
Pour écrire cette lettre, j’ai laissé courir mes doigts sans tenter de structurer le texte, du coup j’ai mis des titres pour t’aider à comprendre où tu te trouves et ce que tu veux lire (je respecte les pressé·es tout comme les personnes qui aiment prendre leur temps, m’voyez).
Ici, je diverge un peu pour introduire mon sujet
Je suis abonnée aux amitiés qui se meurent, sans que je comprenne très bien pourquoi et comment. Je commence à croire que c’est moi qui cause cette rupture sans m’en rendre compte, et alors que je l’impute aux autres. (Pas en mode “c’est la faute des autres !”, mais plutôt dans le sens où j’ai toujours le sentiments que les gens finissent par se lasser et m’abandonner.) Je sais pas, mais j’ai trop de mal à rouvrir la plaie pour oser en parler avec lesdites personnes qui ont quitté ma vie.
La dernière en date, c’était une amitié où je sais que l’autre personne m’a déçue et blessée, mais je ne me souviens pas avoir moi-même décidé que c’était fini, j’ai quand même l’impression que c’est l’autre personne qui a arrêté de venir vers moi. À cause de moi ? J’en sais rien. Mais ce n’est pas exactement le sujet, et plein de personnes ont déjà écrit des articles intéressants sur la rupture amicale (que je vous partagerai à la fin de l’article).
Cette intro, c’était juste une manière de dire que je n’ai plus d’ami·es, aujourd’hui. J’ai des potes par alliance (très peu), mais plus ce que je considère comme des ami·es : je n’ai plus de ces relations privilégiées auxquelles j’aspirais dans le passé (et encore parfois aujourd’hui, quand je vois des amitiés trop chouettes dans des médias pop culture)(est-ce que les médias nous mentent ?). Ces personnes que je voyais toutes les semaines, que je suivais partout, avec qui on avait une discussion par messagerie instantanée qui ne s’arrêtait jamais vraiment.
Ensuite, je parle du fait que j’ai l’impression que “je dois me faire des ami·es”
Je m’interroge beaucoup sur la “normalité” et comment la “norme” influence mes actions, ce que je pense, ce que je subis, ce que je choisis… Ce que je pense choisir même.
Je participais à un événement récemment, et je sais que pendant tout cet événement, j’avais envie de nouer des liens plus forts avec certaines personnes, j’espérais emporter avec moi le début d’une histoire d’amitié. Mais je ne savais pas comment faire. Comme s’il me manquait le mode d’emploi.
Pour certaines personnes, ça a l’air tellement facile, tellement naturel. Pour moi, c’est un effort, un ensemble d’actes forcés, des calculs, des estimations.
Au final, à vouloir me rapprocher des gens, je perds peut-être de ma substance dans ce genre de situation, et je ne profite pas totalement de l’événement en soi. Et ça ne fonctionne pas du tout comme prévu dans mon scénario. Donc je me sens comme une ratée.
J’ai retourné le problème dans ma tête jusqu’à voir les choses d’une nouvelle manière. Déjà, est-ce que je souffre d’être sans ami·es ? Bah… j’en ai parfois envie, mais la plupart du temps, j’adore vivre avec moi-même, je ne manque jamais de conversation. Est-ce qu’il faut avoir des ami·es ? Quasiment tous les livres de développement personnel ou de psychologie vous diront que oui, mais ces livres s’adressent-ils à des zigototes comme moi ? (Oui, je viens d’inventer le féminin de zigoto.)
Et surtout, est-ce que “se faire des ami·es” devrait être une quête, ou est-ce que “avoir des ami·es” est un état dans lequel on se trouve parfois au cours de sa vie ?
J’étais déjà en train de me triturer l’esprit avec ces questions quand la neuropsychologue qui m’a fait passer un bilan TSA (trouble du spectre autistique) m’a spontanément fait remarquer que la manière dont je vis ma vie sociale me convient peut-être très bien et que ça ne servait à rien d’essayer de me calquer sur le modèle “normal”.
(À toi qui me lis et qui cogite à ce propos, je sais, c’est pas facile du tout d’accepter de faire ce pas de côté et de paisiblement quitter le rang, même pour moi qui assume pas mal mon côté excentrique.)
Là je parle de l’alternative
D’une alternative plutôt. Parce que le fin mot de l’histoire, c’est qu’il n’existe pas une normalité, il existe juste une fichue courbe gaussienne avec une majorité de gens qui font plus ou moins la même chose, mais ce n’est pas pour autant qu’ils font ce qui est juste (et surtout pas ce qui est juste pour toi, ou moi, ou n’importe qui d’autre).
En ayant pris un peu de recul sur cette quête d’amitié qui, avouons-le, me peine parfois (pas parce que je suis en manque d’ami·es, mais parce que j’ai l’impression que je devrais être différente et “posséder” quelque chose que je n’ai pas, et que je ne sais pas comment résoudre mon “problème”), j’ai commencé à voir les choses différemment.
Et si une vie sociale, ce n’était pas nécessairement un ensemble de liens forts et soi-disant indestructibles. Et si c’était aussi, ou plutôt, des rencontres, des instants passés avec des inconnu·es autour de quelque chose qui nous tient à cœur, du bénévolat, des sourires et des bribes de conversation avec les artisans locaux quand on va acheter son pain ou ses légumes, mais aussi la vie sociale numérique (je sais que les livres de dev. perso et de psy crachent beaucoup là-dessus, mais encore une fois, il ne s’agit pas de manuels personnels écrits pour moi), pas les likes et les commentaires, mais les mots régulièrement échangés avec une blogueuse que j’ai rencontrée après des années d’échanges irréguliers alors qu’on était toutes les deux au Japon à ce moment-là, ou une réponse à une de mes newsletters inattendue d’une autre blogueuse que j’aime beaucoup lire et qui me lit également dans l’ombre, les messages de personnes avec qui je résonne sur Substack, des échanges intéressants sur Reddit…
D’ailleurs, si vous avez envie de répondre à mes newsletters, en commentaires ou par mail, n’hésitez jamais, ça me fait très plaisir, et promis, je ne vous demanderai pas de me prêter allégeance et devenir BFF.
La chose que je dois abandonner, quand je pense à tout ça, c’est la possession.
Je n’ “ai” pas d’ami·es, je n’ai pas de relation privilégiée avec des gens, je n’ai pas de personne plus à moi qu’à d’autres, personne ne m’a rien juré, et je ne sais pas qui sera là demain. And I guess that’s ok…
En retour, je n’ai pas d’attentes figées dans le marbre envers ces personnes, je ne dois pas me forcer à faire des choses qui ne m’intéressent pas pour entretenir des amitiés, je ne dois pas calculer le temps disponible pour ces gens alors que ma jauge de motivation est aussi imprévisible que la météo belge (tu sais, matin pull, midi short, soir pullort). Je me défais de ma vision étriquée de ce que devrait être l’amitié. Du moins, j’y travaille activement.
L’autre chose difficile pour moi, c’est d’accepter les relations sans prévoir de plan sur 5 ans. Pour moi, qui ne peux m’empêcher d’essayer de tout prévoir, scénariser, qui ai du mal à vivre le moment présent au lieu de me projeter, c’est un challenge. Moi, je commence un roman, et après quelques pages, je pense déjà à l’avis que j’en aurai quand j’aurai tout lu, je cherche déjà les autres titres par le ou la même auteur·rice, ou je recommence à remplir ma liste de lectures pour le moment où je l’aurai terminé…
Le moment présent. Avec les gens qui sont là. Voilà mon nouveau mantra.
Merci d’avoir lu cet article ! Retrouve ci-dessous des liens pour creuser les sujets abordés et les médias mentionnés dans le corps de l’article.
La publication The Flonicles - Le salon de thé est gratuite aujourd’hui, et j’aimerais qu’elle le reste, pour rendre mon contenu accessible au plus grand nombre. Si tu aimes mon travail et que tu peux te le permettre, tu peux me soutenir en faisant un don unique ou mensuel via Buy me a coffee, quelle que soit la somme. Tous les gestes comptent. 🧡
Là, je rappelle toutes les mentions à des trucs dans l’article
J’ai parlé du podcast littéraire Plot Twist et de mon roman de science-fiction et dystopie Big Universe, publié chez l’éditeur belge La Lucarne Indécente, disponible à la commande dans tous les magasins de livres, à la Fnac, chez Cultura, chez Club… et directement sur le site de l’éditeur.
Si tu l’achètes (merci beaucoup !), fais bien attention à la couverture, l’édition actuelle ressemble à ça en-dessous, et si tu as aimé n’hésite pas à bombarder tous les sites de reviews, et à en parler autour de toi.
J’ai mentionné d’autres lettres sur Substack à propos de l’amitié et de la rupture amicale. Pour commencer, Emma a écrit plusieurs articles sur l’amitié et sur les différences fréquentes entre personnes neurotypiques et neuroatypiques (et sa publication est trop bien donc allez lire tous ses articles).
Je repense aussi à cette lettre sur la rupture amicale, après une longue ou une courte histoire, et comment l’accepter :
Ou encore celle-ci qui questionne la normalisation de la rupture amoureuse alors qu’on ne parle jamais de rupture amicale, et ce qui les différencie :
J’ai aussi parlé d’une lettre précédente de ma publication sur la normalité, et pourquoi on cherche à se comparer à la norme :
Pourquoi on cherche autant à savoir si on est normal·e ?
(D’ailleurs, je remarque que, naturellement, j’écris un titre en “on” au lieu d’utiliser le “je”, parce que j’espère que cette expérience est universelle et que je ne suis pas seule à la vivre. Ah là là, les mauvais réflexes ont la vie dure.)
Petit clin d’oeil à Emmanuelle (Tokyo Kiwi) avec qui on a échangé par blogs et réseaux interposés pendant des années, elle depuis la France, moi depuis la Belgique, pour se rencontrer enfin en 2023 alors qu’on visitait le Japon au même moment…
Enfin, je peux te recommander l’article “Comment désencombrer son mental” sur mon blog, et je rappelle que c’est un sujet que je traite aussi dans mon guide de désencombrement tout juste remis à jour.
Merci aux courageux·euses qui sont arrivé·es jusqu’ici, je suis admirative.










C'est très intéressant comme interrogation. Je la partage totalement...ou partiellement... je ne sais pas. De mon côté, j'ai des amies, mais les relations s'étiolent, se distancient... même si on est contentes de se retrouver, ça n'est plus comme avant. Je me demande, au final, ce qu'est une amie. Bref. Trop long à développer mais que je suis heureuse de voir mes interrogations partagées !
Merci pour cet angle de vue. Je ne m'étais pas posée la question en ce sens mais, en effet je remarque que je ne mets plus d'attention sur "devoir avoir des amis, ni s'en faire ou s'en défaire"...peut-être que l'amitié n'a rien d'exclusif au fond! Cela ouvre une porte à plus vaste et plus englobant, c'est mon ressenti!