Avoir la patience de s'ennuyer
J'étais en train de tourner en rond, en train de chercher un moyen de faire taire mon ennui et mon envie de cocher des cases sur une liste, mon besoin d'accomplir et d'atteindre des résultats concrets
J’écris cet article le jour où je suis seule à la maison, et où, généralement, je ne fais rien de productif. Ce jour-là, mon compagnon est au bureau, j’ai tout l’espace pour moi, et ça me motive… à ne pas bosser. Je lis, je regarde, j’écoute, je joue, je dessine, je pionce, je parle toute seule en faisant les cent pas.
Faire ça pendant toute une journée, ça finit par causer de l’ennui chez moi.
Je ne supporte pas trop l’immobilisme. J’aime faire, et voir des résultats. Régulièrement. Rapidement.
Chez moi, l’ennui est la conséquence du manque de preuves que j’utilise mon temps à bon escient.
C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le travail en entreprise me démange : ça me rend dingue de devoir attendre la révision et l’approbation de quatre personnes pour commencer quelque chose qui me semble évidemment nécessaire. De devoir patienter que Truc-muche, trois services plus loin, finisse sa tâche pour me débloquer dans la mienne. Fixer mon écran et faire bouger ma souris dans le vide en ATTENDANT. Urgh.
Voilà, la patience, c’est pas mon truc, surtout quand c’est pas justifié à mes yeux.
Dans ma quête de sens actuelle (que vais-je faire de ma vie), j’ai décidé de prendre le temps de me laisser vivre, de ne pas décider à quel rythme je voulais avancer, d’expérimenter sans planifier.
Au début, c’était trop bien, je passais de nouveau du temps à lire, à m’informer, à apprendre, à dessiner, à communiquer avec mon chat (que t’es beauuuu - miaou miaou), et à écrire des heures et des heures chaque semaine.
Mais voilà, je m’ennuie souvent. J’ai commencé à sentir que ça me démangeait aux encolures, et j’ai réalisé que, ce moment où j’avais besoin d’une pause sèche a fait son temps, et mes démons me demandent où sont les listes à cocher, les preuves que j’ai fait des choses, les résultats concrets.
Nulle part.
Je vois des vues, des réactions, sur mes écrits, mais ça reste peu concret. D’ailleurs, c’est quoi, un critère de réussite, quand on crée du contenu ? En plus, c’est un travail qui n’en finit jamais, d’écrire sur Internet, alors quand est-ce que je me satisfais de ma production ? J’ai finalisé un roman, certes, mais il n’est pas publié, alors la satisfaction s’étiole… J’ai créé mon site perso, enfin. La belle affaire.
En quête d’une activité qui me procurerait ce sentiment d’accomplissement régulier et rapide, j’ai commencé à chercher une manière de reproduire la satisfaction d’une tâche menée à bien dans le cadre d’un travail salarié, ou le plaisir de réussir un examen.
J’ai pensé au sport, puis j’ai rigolé en me rappelant que j’ai acheté des baskets pour aller courir et que j’ai couru deux fois (en un an, voire plus). J’ai pensé à faire une formation, mais je sais que les méthodes d’évaluation en formation ne me donnent pas toujours satisfaction (et si l’évaluation n’est pas assez stricte à mon goût, je n’en retire que peu, ou pas, de satisfaction). J’ai envisagé les jeux vidéo, mais j’ai l’impression que ce n’est pas le bon moment pour me perdre là-dedans (après, j’en sais rien, si je trouve un jeu qui m’apporte cette sensation d’accomplissement et qui me permet de me foutre la paix le reste du temps, pourquoi pas). Retourner à l’école, mais le cycle scolaire classique manque cruellement de flexibilité (bonjour, j’ai un besoin viscéral de valider des compétences mais je dois attendre septembre pour la rentrée scolaire).
Ça me démange. Mais finalement, c’est peut-être une bonne chose. Après une trentaine d’années à poursuivre les accomplissements, le dépassement de moi, le dépassement des autres même quand ils ont 10 ans d’expérience en plus que moi, la perfection, j’ai peut-être besoin d’accepter cette période où je m’ennuie régulièrement.
J’ai besoin de continuer à lire sans chercher à atteindre un but (non, je ne compterais pas le nombre de livres lus cette année, ni la suivante). J’ai besoin de dessiner sans envisager de vendre ce que je produis et sans penser que je veux atteindre un niveau pro. Besoin de continuer à faire mon sport quand j’y pense (je mens : quand je trouve la motivation) et sans être vue. Et de faire des allers-retours dans ma cuisine en ayant un débat avec moi-même sur le contenu de mon prochain article de blog.
Et de m’ennuyer, tout court. De ne pas savoir quoi faire. D’avoir l’impression que je devrais être en train de faire quelque chose de productif, alors qu’en fait, non. De me perdre. Et d’apprendre à vivre avec ces sentiments.
Je veux trouver la patience (et le courage) de m’ennuyer aussi longtemps que nécessaire, plutôt que de courir derrière une échappatoire qui risque de me mener au mauvais endroit.
D’ailleurs, je suis à deux doigts de me lancer dans l’écriture de mon prochain roman, et ça va être un gros travail, probablement le plus challengeant depuis que j’écris de la fiction, donc je ne vais pas avoir le choix, je vois devoir composer avec ces périodes sans résultats concrets (au mieux, je pourrai compter les mots écrits).
Merci d’avoir lu cet article !
La publication The Flonicles - Le salon de thé est gratuite aujourd’hui, et j’aimerais qu’elle le reste, pour rendre mon contenu accessible au plus grand nombre. Si tu aimes mon travail et que tu peux te le permettre, tu peux me soutenir en faisant un don unique ou mensuel via Buy me a coffee, quelle que soit la somme. Tous les gestes comptent. 🧡
Tu peux également souscrire à un abonnement payant directement sur Substack et obtenir l’accès au Chat privé.
D’autres façons de me supporter :
Partager mon travail
Acheter mon roman
Acheter mes guides de désencombrement
D’autres lectures sur des sujets similaires :




Cette thématique rejoint parfaitement le sujet de mon dernier article, on est deux dans le même bateau! Pas facile d'avoir le courage de s'ennuyer dans un monde où tout va si vite.