Accepter sa neurodivergence, c'est faire le deuil de la facilité
C'est la pilule que j'ai encore du mal à avaler après ces mois de pause et de réflexion.
J’ai arrêté de travailler pour une entreprise en février cette année. En 15 ans à serrer les dents, sept entreprises, huit équipes, deux carrières, c’est ma seconde pause du travail.
Quand j’ai remis ma démission, je n’avais pas de plan B mais je pensais toujours me réintroduire dans le circuit du travail en entreprise (plutôt comme indépendante que salariée, mais quelle différence au final ?). Mais rapidement, j’ai réalisé que mon problème, c’est de travailler en / pour une entreprise.
Je rêverais de vivre de la création de contenu et de l’écriture, mais je sais que c’est un gros challenge, un monde où il y a plus de perdant·es que de success stories. J’essaie, mais je ne nourris pas de grands espoirs.
Dans ces moments de friction, où j’ai l’impression de ne pas avancer, je me retrouve à ressasser toujours la même question :
Pourquoi je dois faire tous ces efforts supplémentaires, pourquoi tout doit être difficile pour moi si je ne veux pas finir en pneu dégonflé tous les six mois, c’est pas juste ! Pourquoi je n’ai pas droit à la facilité de la normalité ?!
J’ai accepté, à 37 ans, que je ne peux pas m’intégrer dans un trajet de carrière classique, que je ne peux pas me vautrer dans les structures prêtes-à-l’emploi des entreprises, je ne peux pas profiter du confort du salariat, parce que c’est bien ça le problème : pour moi, c’est tout sauf confortable.
Je n’en veux pas, mais je rêverais de m’y sentir bien, je rêverais que ça fonctionne pour moi. Mais on en est là : le monde n’est pas fait pour les gens en dehors de la norme, et nous, neurodivergent·es, ne pourrons jamais profiter du chemin facile et tout tracé emprunté par la majorité. Et on pourra rarement compter sur les autres pour faire les arrangements nécessaires, ou simplement nous accepter et nous supporter. On devra créer nos propres systèmes de support et nos propres environnements.
Ça veut aussi dire fournir du travail supplémentaire pour arriver au même résultat.
(Tiens, ça me rappelle un autre de mes combats… être une femme dans des environnements masculins.)
Certes, vu ma personnalité (mon appétence pour la complexité et la variété), j’adore l’idée de prendre des chemins de traverse, je suis stimulée par ces routes alternatives, mais vu mes limites (niveaux d’énergie fluctuants et limités, hyperactivité mentale qui me draine, hyperémotivité…), au quotidien, ça m’épuise, ça me stresse, ça m’angoisse.
Je suis donc face à deux supplices, au choix : souffrir en faisant ce que je déteste (ou en faisant semblant que tout va bien au pays des gens neurotypiques), ou souffrir en faisant ce qui me nourrit (mais sans thunes et sans être capable d’atteindre les sommets que je vise).
Alors voilà, je suis en deuil de la facilité, et selon les jours, je ne sais pas très bien où je me situe sur la courbe.
Nouvelle, nouveau, ici ? J’ai écrit d’autres articles sur la neurodivergence, ou le fait d’accepeter ses différences, de manière générale : Différence et neurodivergence.
Merci d’avoir lu cet article !
La publication The Flonicles - Le salon de thé est gratuite aujourd’hui, et j’aimerais qu’elle le reste, pour rendre mon contenu accessible au plus grand nombre. Si tu aimes mon travail et que tu peux te le permettre, tu peux me soutenir en faisant un don unique ou mensuel via Buy me a coffee, quelle que soit la somme. Tous les gestes comptent. 🧡

