4 manifestations du TDAH dont je n'avais jamais entendu parler
J'ai lu un livre dédié au TDAH chez les femmes, et je me suis reconnue dans ces comportements qui me faisaient autrefois penser que je ne pouvais pas être atteinte de ce trouble.
Cela fait plus d’un an que je me renseigne sérieusement sur le TDAH, et que je suis en même temps bombardée de memes sur le sujet sur les réseaux sociaux. J’ai vu les mêmes symptômes mentionnés des centaines de fois, et j’avais du mal à m’identifier à certains de ceux qui reviennent le plus souvent.
Ce fut suffisant pour me faire reculer plusieurs fois et abandonner l’idée de me faire diagnostiquer. Jusqu’au jour où j’ai enfin décidé d’en avoir le cœur net, et qu’une professionnelle a confirmé mes doutes.
Quelques temps après mon diagnostic, je suis tombée sur le livre “A feminist’s guide to ADHD: how women can thrive and find focus in a world built for men” du Dr Janina Maschke (on peut traduire le titre environ comme ceci : Un guide féministe du TDAH : comment les femmes peuvent prospérer et se concentrer dans un monde créé pour les hommes).
J’avoue qu’après avoir reçu une confirmation de la part d’une neuropsychologue, j’étais encore régulièrement assaillie de doutes (les memes de “vulgarisation”, parfois c’est bien, mais parfois c’est vraiment dangereux), jusqu’au moment où j’ai lu ce livre dédié au TDAH chez les femmes, et entre autres à ses manifestations plus fréquentes chez les sujets féminins.
Voici quatre comportements que les personnes avec un TDAH, et principalement celles identifiées comme femmes, peuvent présenter, alors qu’on n’en parle quasiment jamais.
La sur-organisation : mes papiers sont toujours bien classés et je n’oublie jamais rien, moi !
L’un des traits dont on parle le plus souvent, c’est l’incapacité à s’organiser, au point où on oublierait de payer ses factures importantes ou qu’on zapperait ses rendez-vous médicaux.
Alors, comment s’imaginer atteint·e d’un TDAH quand on adore le rangement et l’organisation, et qu’on n’oublie jamais ses clés ?
Grâce à ce livre, j’ai découvert qu’on peut avoir un TDAH et arriver très à l’avance à ses rendez-vous, ou ne jamais rien oublier parce qu’on vérifie 15 fois avant de sortir qu’on a bien ses clés et son portefeuille.
Depuis des années, quand je m’apprête à partir de quelque part, je chante “Keys-wallet-phone” avant de passer le pas de la porte. À chaque fois, sans exception.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas : (Oui j’ai changé l’ordre des mots dans ma tête sans m’en rendre compte jusqu’à aujourd’hui.)
L’autrice du livre explique qu’elle a développé une habitude compulsive et qu’elle vérifie le contenu de son sac plusieurs fois avant de sortir de chez elle, pendant qu’elle quitte son domicile, et même quand elle est déjà dehors. Ce que je fais depuis des années aussi.
J’ouvre mon sac à main plusieurs dizaines de fois quand je sors de chez moi pour toucher la tranche de mon téléphone, la fermeture éclair de mon portefeuille, et les dents de mes clés, juste pour m’assurer une énième fois qu’ils sont bien là, sur moi.
Certaines personnes avec un TDAH développent même des TOCs en réponse à leur angoisse d’oublier quelque chose.
Tout ça, ce sont des mécanismes d’adaptation (coping mechanisms). Et on n’en parle quasiment jamais.
Si j’arrive 1 heure à l’avance à mon rendez-vous, je ne peux pas être en retard
L’autre angoisse bien connue des personnes qui ont un TDAH, c’est d’arriver en retard. Sauf que moi, je ne suis jamais en retard… j’arrive toujours avec beaucoup trop à l’avance, et je finis par patienter dans ma voiture.
Enfin, c’est en train de prendre une nouvelle tournure chez moi… Depuis quelques années, j’ai développé un schéma différent… je suis prête beaucoup trop tôt, mais comme je sais que je vais arriver trop à l’avance, je cherche à m’occuper jusqu’à l’heure de départ appropriée… mais du coup je suis plongée dans quelques chose que je veux vite terminer, et je finis par être en retard pour de bon !
Là encore, il peut s’agir d’une réponse à une angoisse récurrente de ne pas arriver à l’heure (par exemple, parce qu’on s’est fait gronder en étant enfant à cause de nos retards, ou qu’on a reçu des remarques en se rendant à des rendez-vous) qui se transforme en sur-adaptation.
Speedy Gonzales à l’école
Un autre sujet qui manque souvent de nuance, quand on mentionne les signes de TDAH, c’est la réussite scolaire.
La suite de l’article après une courte annonce…
La publication The Flonicles - Le salon de thé est gratuite aujourd’hui, et j’aimerais qu’elle le reste, pour rendre mon contenu accessible au plus grand nombre. Si tu aimes mon travail et que tu peux te le permettre, tu peux me soutenir en faisant un don unique ou mensuel via Buy me a coffee, quelle que soit la somme. Tous les gestes comptent🧡.
Le cliché habituel, c’est que les personnes atteintes d’un TDAH ont été en échec scolaire, d’office. On ne parle quasiment jamais de la population de “high achievers” (les “sur-performeur·euses”), ou de celles et ceux qui avaient la chance d’avoir une très bonne mémoire, et qui ont réussi leurs études sans problèmes.
L’exemple du livre dans lequel je me suis retrouvée, c’est celui de l’élève qui bâcle son travail parce qu’il ou elle a envie de passer à autre chose de plus intéressant.
On me faisait tout le temps cette remarque à l’école : j’allais trop vite. Mais j’avais toujours de bons points en fin de compte, même sans fignoler les détails, donc c’est juste passé pour de la fénéantise ou un manque de soin et ça n’a jamais été vu comme un problème. (Et puis moi, je n’avais aucune motivation intrinsèque à gagner quelques points de plus, donc j’étais très contente de mes points comme ça.)
Ce n’est pas possible d’être en surpoids quand on est hyperactif·ve
On voit passer pléthore de memes concernant les personnes TDAH qui sautent les repas, oublient de boire ou de se sustenter… Une autre raison qui me poussait à croire que je ne pouvais pas avoir un TDAH : ma vie tourne autour des repas, je peux dire quand midi approche sans regarder l’heure, et j’ai la mauvaise habitude de grignoter, en plus de mes repas que je n’oublie jamais.
Enfin, très rarement. Ça m’arrive occasionnellement de manger une ou deux heures plus tard parce que je suis lancée dans quelque chose qui me passionne ou que j’ai envie de terminer ma tâche en cours, mais ça ne représente pas mon quotidien. (Ceci dit, je remarque que ça m’arrive quand je suis seule à la maison, si mon partenaire ne travaillait pas majoritairement depuis la maison, je reporterais peut-être plus souvent mes repas… mais je ne les oublierais pas pour autant.)
Dans le livre, on apprend cependant qu’il y a une forte représentation de personnes en surpoids ou obèses (plus de la moitié de la population) chez les sujets atteints d’un TDAH. On y cite aussi des comportements liés à la nourriture dont on entend peu parler :
L’impulsivité typique des personnes qui présentent un TDAH leur offre moins de contrôle sur les craquages alimentaires.
Les besoins en dopamine plus élevés peuvent amener à chercher de la satisfaction dans la nourriture, en particulier dans des aliments gras ou sucrés ! Et dès que notre cerveau a appris à associer bien-être et nourriture riche, c’est difficile de se défaire de ce réflexe…
Les problèmes liés au sommeil et un niveau de fatigue élevé incitent à manger plus.
Les problèmes de concentration, de pleine conscience, d’attention… causent des comportements qui nuisent à un régime équilibré, comme le fait de faire autre chose pendant qu’on mange (ce qui rend les repas moins satisfaisants) ou le fait de ne pas ressentir la faim à temps (ce qui peut faire manger plus que nécessaire au moment de se mettre à table).
La nourriture peut aussi simplement être un refuge pour faire face aux difficultés fonctionnelles et/ou émotionnelles posées par le TDAH au quotidien.
Un autre aspect qui joue sur le poids est la difficulté de se mettre au sport quand ça ne nous passionne pas, le manque d’énergie et de stamina… qui n’aident pas à balancer l’apport et la dépense énergétiques.
Varier ses sources quand on se renseigne sur les profils “neurodivergents”
Je n’ai cité que ces quatre exemples parce que je me sens directement concernée, et que je n’en avais jamais entendu parler jusque-là. Je conseille vraiment la lecture de ce livre à toute personne intéressée par le sujet et qui peut lire en anglais. (Il n’est pas traduit en français pour le moment. Si tu as des recommandations similaires disponibles en français, n’hésite pas à les partager en commentaires.)
Que ces exemples te parlent ou pas, l’important, quand on est face à ce type d’interrogation (“Est-ce que j’ai un TDAH ou un trouble du spectre autistique ?” par exemple), c’est de chercher des informations à plusieurs endroits.
Les memes sont parfois une bonne source de sensibilisation… mais ils peuvent aussi véhiculer des idées erronées ou mettre l’accent sur les aspects de ces conditions qui sont les plus faciles à mettre en scène dans des vidéos courtes, ou qui font le plus sensation (sans oublier le fait que les créateur·rices de ce type de contenu ont de plus en plus tendance à copier ce qui est déjà fait ailleurs au lieu d’élargir leur vision).
Quel que soit le sujet que tu “étudies”, le meilleur conseil, c’est toujours de varier ses sources et de ne rien prendre pour argent comptant.



Merci pour cet article ! Je me reconnais totalement. Le premier, je l'avais plutôt mis sur le dos de l'AuDHD (compulsivité autistique qui compense le "tête-en-l'air"), mais c'est intéressant de savoir que ça peut être du "pur" TDAH. ✨