10 romans courts à lire cet été
Une sélection de romans courts, en tome unique (one-shot), et faciles à lire (mais pas dénués de réflexion), et deux séries d'une seule saison.
Ça reste entre nous (Dounia Tadli) - quand une activiste écolo se retrouve ministre [éditeur indépendant]
Dans Ça reste entre nous, une activiste écolo se voit proposer un poste de ministre chez les Verts. D’abord hésitante (est-elle prête à endosser ces responsabilités ? avec une fille dont elle partage la garde avec son ex-femme ?), elle y voit enfin une opportunité unique de défendre ses convictions en ayant du poids dans les discussions…
Une incursion tout en humour dans le monde politique qui nous dévoile les coulisses d’un monde que l’autrice connaît bien, avec un plot twist assez inattendu qui donne un nouveau tournant à l’histoire.
Ça reste entre nous, Dounia Tadli (éditions La Lucarne Indécente), 240 pages
Chroniques Z (Savina Lenoble) - et si nos grand parents nous ressemblaient, finalement [éditeur indépendant]
Livia est enfant quand elle tombe sur les carnets intimes de sa grand-mère, une femme froide et distante avec qui elle peine à discuter. À travers ces récits que personne n’était censé lire, elle découvre une femme humaine et surprenante, dont la vie ne fut pas si parfaite qu’on pourrait le croire. Livia décide alors de commencer à rédiger ses propres carnets et nous livre ses états d’âme, entre introspection et observation du monde.
On suit ainsi Livia depuis l’enfance jusqu’à l’université, et à travers son regard, on découvre une histoire amoureuse d’une autre époque, les disputes d’adultes mêlées de l’incompréhension de leurs enfants, les amitiés d’enfance qui évoluent et se perdent dans les méandres de l’adolescence, les premiers émois amoureux… Un roman à se passer de mère en fille.
Chroniques Z, Savina Lenoble (éditions La Lucarne Indécente), 296 pages
Greta et Marguerite (Kalindi Ramphul) - le choc des classes entre deux femmes qui n’ont pas grand chose en commun, à part leur ex
Greta, hôtesse de l’air qui a peur des décollages, rencontre Romuald, un ophtalmologue persuadé depuis l’enfance qu’il va mourir dans une tempête. Après un vol plein de turbulences, dont ils ressortent sains et saufs, Greta et Romuald deviennent amants. Romuald quitte sa femme peu de temps après et s’installe rapidement avec Greta, qui voit débarquer dans sa vie la petite Sally, fille de son nouveau mec qui trouve tout et tout le monde moche et qui est obsédée par les déguisements.
Plus tard, quand Romuald décède soudainement, Greta et Marguerite découvrent que Romuald leur a caché à toutes les deux qu’il se rendait tous les ans en Finlande à la même période. L’ex-femme bourgeoise, l’ex-petite copine en top Pimkie, pinces à cheveux papillons et sandales à paillettes, et la petite Sally, embarquent vers le nord pour enquêter.
Même si le plot n’a pas l’air très gai, c’est une histoire traitée avec beaucoup d’humour. J’ai adoré le ton de Greta et la relation qu’elle bâtit avec Sally. Un récit qui ne comporte pas beaucoup d’action mais dans lequel on se laisse porter par les voix des deux femmes qui ont pour seul point commun un homme.
Greta et Marguerite, Kalindi Ramphul (éditions JCLattès) - 360 pages (existe en poche)
Atmosphère (Taylor Jenkins Reid) - une histoire d’amour entre terre et espace 🧡🧡🧡
Années 1980. Joan a toujours rêvé de l’espace, mais les femmes n’y ont pas accès, alors elle donne cours sur sa matière préférée et observe le ciel avec sa nièce pour compenser. Jusqu’au jour où la NASA organise son premier recrutement où les femmes, ingénieures ou scientifiques, sont admises.
Enrôlée dans cette première équipe mixte, Joan rencontre ses nouveaux collègues, futurs amis, et peut-être plus… Lorsqu’elle se retrouve responsable de la liaison entre le centre de contrôle sur terre et une mission envoyée dans l’espace, et qu’un grave accident compromet le retour de ses coéquipiers sur terre, l’enjeu est de taille pour Joan qui doit garder son sang froid à tout prix.
Encore un résumé qui semble assez sombre, pourtant l’autrice a réussi à créer une histoire tendue de beaucoup d’émotion mais aussi très réconfortante et douce-amère grâce à une habile manipulation du temps de la narration. Un énorme coup de cœur pour moi !
Atmosphère, Taylor Jenkins Reid (éditions Charleston), 464 pages (mais c’est écrit très grand) (existe en poche)
I hope this finds you well (Natalie Sue) - si The Office était conté par une milléniale 🧡🧡
(Roman en anglais) Jolene tente de naviguer le monde corporate sans trop se faire remarquer. Après des années à accumuler la frustration de ne pas trouver sa place dans ce bureau où tout le monde est hostile, elle adopte une façade d’employée correcte mais se défoule en écrivant des commentaires acerbes à ses collègues en bas de chaque e-mail, en colorant le texte en blanc pour que personne ne s’en rende compte. Jusqu’au jour où elle oublie de changer la couleur de sa diatribe…
Alors que le nouveau responsable RH l’enrôle dans un programme pour contrôler ses mauvais sentiments et que son ordinateur est censé être sous surveillance constante, elle se rend compte qu’elle a en fait maintenant accès à tous les e-mails, messages et calendriers en ligne de toute la boîte.
Les choses s’enveniment encore entre les collègues quand des rumeurs de licenciements massifs parcourent le bureau, mais Jolene est maintenant armée pour jouer ses meilleures cartes.
Une délicieuse critique acide du monde du travail pleine d’humour et de références milléniales. Parfois un peu difficile à comprendre mot pour mot à cause du jargon et du langage argotique utilisés, mais ça n’empêche pas de suivre l’histoire si on a un bon niveau d’anglais.
I hope this finds you well, Natalie Sue (éditions William Morrow), 352 pages
La tatoueuse de Jaïpur (Alka Joshi) - dépaysement garanti
Lakshmi a fui un mariage forcé, un mari violent et un village sans avenir pour la grande ville, construisant progressivement sa carrière de tatoueuse au henné jusqu’à réussir à s’installer à Jaïpur pour tatouer la bourgeoisie et prodiguer ses remèdes d’herboristerie aux femmes des hommes les plus influents. Les affaires marchent bien, sa future villa rendra jalouses même ses meilleures clientes, sa réputation la mène dans les plus hautes sphères de la société.
Tout bascule lorsque sa petite sœur, orpheline et dont elle ne connaissait pas l’existence, parvient à la retrouver. La jeune femme qui s’était construit une vie sur-mesure en prenant son indépendance se retrouve à gérer une petite fille qui n’a jamais vécu à la ville, et la série de problèmes qui découlent de son arrivée inopinée.
J’ai adoré ce livre pour la fenêtre qu’il offre sur la culture indienne, mais aussi pour son héroïne et les nombreux portraits de femmes (pauvres, riches, prostituées, travailleuses, oisives…) qu’il offre.
La tatoueuse de Jaïpur, Alka Joshi (éditions Hauteville), 448 pages (disponible en poche)
Cucul (Camille Emmanuelle) - détester la dark romance, et tomber amoureuse de ses héros 🧡
Marie est prof de français le jour, mais le soir, sous pseudonyme, elle écrit des histoires d’amour à la semaine pour un éditeur spécialisé dans le genre. Déjà calquée sur des modèles imposés (premier baiser à la page 26, missionnaire à la page 83, descriptions de vêtements luxueux auxquels elle ne connaît rien et de voitures de sport indécentes…), voilà que son éditrice lui impose maintenant d’écrire de la dark romance !
En bonne féministe, Marie n’arrive pas à se forcer et décide, après quelques verres de trop, de tuer son protagoniste et d’envoyer son dernier chapitre à l’éditrice, signant ainsi la fin de son contrat d’autrice. C’était sans compter un bug informatique qui matérialise le riche et puissant James Cooper dans son salon le lendemain matin, héros de papier qu’elle va devoir apprivoiser tout en jonglant avec des sentiments contradictoires à son encontre.
Cucul, Camille Emmanuelle (éditions Verso), 256 pages (disponible en poche)
Hexa (Gabrielle Filteau-Chiba) - replanter des arbres après la fin du monde
Thalie a 16 ans, et elle n’a connu que l’intérieur de l’enceinte, protégée du monde extérieur dangereux, désertique. Pourtant, chaque année, sa mère disparaît pendant des mois pour replanter des arbres, avec un groupe de femmes. Quand Thalie l’accompagne pour rédiger un rapport pour un projet scolaire, elle découvre que le monde extérieur recèle de plus de beauté que ce qu’on en dit à l’intérieur des murs, et elle fait la connaissance de ces femmes qui luttent à leur manière, en replantant des arbres non transformés et en recréant des forêts.
Le livre adopte d’abord la voix de Thalie, puis celle de sa mère dans la deuxième partie du récit.
Hexa, Gabrielle Filteau-Chiba (éditions Stock / La bleue), 368 pages (disponible en poche)
Eliza est féministe (Michelle Quach) - peut-on être féministe et aimer un garçon plein de privilèges ?
Une histoire d’amour de lycée qui rappellera le film Moxie. Eliza est une élève performante, sérieuse et déterminée. Alors, quand un garçon qui ne se démarque que par son physique et sa popularité lui “vole” son poste de rédactrice en chef du journal du lycée, qu’elle porte depuis des années en tant qu’éditrice, elle s’insurge contre le patriarcat qui édite les règles du lycée, entre élèves mais aussi avec les profs.
Un roman assez réconfortant et consensuel pour les convaincu·es du féminisme, une bonne introduction aux questions des inégalités, à la sororité et à la mobilisation pour un public plus jeune ou non initié.
Eliza est féministe, Michelle Quach (éditions Gallimard jeunesse / Pôle fiction), 368 pages (existe en poche)
Non, un roman avec une héroïne forte n'est pas un roman féministe
Dans ce post, j’analyse d’abord ce qu’est une héroïne forte et ce qu’est un roman féministe, puis je parcours plusieurs romans estampillés comme “féministes” que j’ai lus récemment pour réfléchir s’ils le sont vraiment ou si l’équipe marketing se moque de nous.
Big Universe (Florence Mary) - quand on n’a pas le choix, faut-il jouer le jeu ou tenter de résister [éditeur indépendant]
Et bien sûr, il reste toujours mon roman, une dystopie adulte accessible (même si le thème n’est pas très léger, disons-le).
Tout le monde est filmé et diffusé en permanence, et tout le monde s’en accommode, jouant avec le système pour tenter de devenir la nouvelle célébrité à la mode et de signer de nouveaux contrats de sponsoring pour monétiser cette image publique.
Tout le monde, sauf Jillian, qui tente de se fondre dans la masse sans paraître louche, en laissant tomber toute activité sociale, en se cachant dans des vêtements fades, en arrêtant presque de vivre. C’était sans compter un geste maladroit qui la propulse tout droit dans le top des personnes les plus regardées. Adieu l’anonymat.
C’est au même instant que, pour la première fois depuis très longtemps, des meurtres sont perpétrés, carrément sur la personnalité la plus en vogue du moment. L’acte criminel, filmé et diffusé en direct, sur lequel le gouvernement se tait, soulève des questions parmi la population. Surtout lorsque les assassinats se succèdent, sans prise de parole ni action des autorités.
Big Universe, Florence Mary (éditions La Lucarne Indécente), 288 pages
Bonus - côté écrans : deux séries d’une saison
A place further than the universe (anime) - besoin d’un petit coup de froid ?
Quatre étudiantes aux caractères et aux ambitions différents embarquent pour une expédition en Antarctique en sein d’une mission civile. Un anime qui mêle émotion et humour, tout en étant éducatif.
Disponible en streaming sur Crunchyroll.
Foodie Love (série) - une rencontre amoureuse aux multiples saveurs
Elle et lui se rencontrent grâce à une application qui unit les amateurs de bonne nourriture. Chaque rendez-vous les emmène dans une exploration gustative différente. J’ai beaucoup aimé le jeu des acteurs qui ont su exprimer parfaitement les malaises des premiers rendez-vous, et le fait qu’ils attendent jusqu’à la fin du cinquième épisode (sur huit) pour s’embrasser ! Les personnages sont souvent irritants, mais aussi très vrais. Qu’on supporte leur histoire d’amour ou qu’on ait envie de les séparer, la série reste une pause bienvenue parmi tous les blockbusters sans âme, les jeux d’acteur lisses et les scénarios prévisibles.
Encore mieux, c’est une production HBO Europe disponible en streaming sur Arte, gratuitement.





Je note tes recos 👀 Voici la mienne ! https://substack.com/@lolacanwrite/note/c-284732954?r=6vaues
Magnifique sélection! Hexa et Atmosphère sont dans ma liste de lecture depuis longtemps, pour le reste il y a pleins de belles découvertes dans cette liste. J'adore mélanger des petites lectures avec des plus longues, particulièrement en été.